Les Veuves

Affiche Les Veuves
Réalisé par Steve McQueen (II)
Titre original Widows
Pays de production Grande-Bretagne, U.S.A.
Année 2018
Durée
Musique Hans Zimmer
Genre Thriller, Drame
Distributeur Fox-Warner
Acteurs Michelle Rodriguez, Colin Farrell, Viola Davis, Elizabeth Debicki, Brian Tyree Henry, Cynthia Erivo
Age légal 14 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 802
Bande annonce

Critique

Voici un portrait de Chicago aujourd’hui, à travers quatre femmes qui se retrouvent veuves suite à un braquage qui a mal tourné pour leurs compagnons respectifs. Autrement dit, ce film, inspiré d’une mini-série anglaise éponyme de 1983, est beaucoup plus qu’un thriller.

Tout commence par un long baiser entre Veronica, une femme noire (Viola Davis) et son mari (Liam Neeson), en montage alterné avec le hold-up qui échoue dramatiquement. Au ratage complet et aux deuils que cela suppose s’ajoute l’horreur bien réelle d’une très lourde dette à rembourser. Pour cela, une seule alternative s’offre aux quatre femmes qui ne s’étaient jamais rencontrées jusque-là: monter un nouveau coup.

Mais Steve McQueen offre ici plus que les apparences, tout comme il l’avait fait avec 12 Years A Slave en relatant l’histoire vraie de Solomon Northup ou avec Hunger en revenant sur la grève de la faim d’un membre de l’IRA à l’époque de Margaret Thatcher. L’organisation et le déroulement du casse intéressent peut-être moins ce réalisateur noir que ce qui se joue pour des femmes appelées à s’unir et à prendre en main leur destin, quelles que soient leurs fortes divergences. Aussi écarte-t-il d’emblée les clichés de race, joue-t-il avec les clivages sociaux, tout en montrant combien alliances, compromis et compromissions tissent le politique, lorsqu’un système mafieux local s’immisce dans les projets et les promesses concernant le ghetto noir.

Si habituellement dans le genre thriller, les activités criminelles sont dévolues aux hommes qui n’ont que leurs méfaits en tête, il en va tout autrement ici où la vie doit se poursuivre, envers et contre tout. Aucune de ces femmes ne veut perdre son emploi, ni devoir céder sa petite entreprise ou lâcher ses enfants. L’humain et le quotidien infusent donc presque chaque plan, en donnant corps et chair à des existences malmenées. Veronica ne se laisse rien compter, au point que sa ténacité gagne ses compagnes d’infortune. Africaine-américaine, polonaise, hispanique font ainsi plier les règles de Chicago en ne permettant à personne de devenir leur homme de main.

Certes la violence rôde et parfois explose, mais jamais elle n’est gratuite, car le réalisateur est de ceux qui révèlent et traduisent ce qui se trame au plus profond des êtres, ce qui les meut et leur donne de se dépasser pour le pire ou le meilleur. Viola Davis porte ce film à elle toute seule - «à la manière d’un De Niro», dixit McQueen - et la colère, la rage qui l’habitent déploient une énergie contagieuse. Cette actrice tient là un rôle marquant, bienvenu par les temps qui courent.

Bien que le suspense et l’action soient solides, ce que retiendra la mémoire les dépasse de loin: c’est un film où fragilité, force, ténacité, faiblesse, peur, audace, sentiments… ne sont liés en rien au genre ou à la race, mais traversent des êtres en leur donnant une épaisseur peu commune.


Serge Molla

Appréciations

Nom Notes
Serge Molla 16
Georges Blanc 13