Actualités
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À propos du travail gratuit
Editos le 12 février 2026
Dans la sphère du domicile, le travail gratuit constitue une règle tacite ancienne, qui n’a rien d’exceptionnel, puisqu’il est considéré comme naturel et nécessaire, cantonné aux travaux domestiques et au soin. Longtemps attribuée aux femmes par défaut, cette économie souterraine composée de dévotion, d’heures non comptées et d’effort sans salaire, a pourtant été la base de l’économie officielle. Parlons aujourd’hui d’une notion clé des affaires culturelles helvétiques: la massification du bénévolat au sein de l’organisation culturelle, en particulier dans le champ de l’événementiel, de l’art contemporain, de la presse mais aussi et de plus en plus dans celui du cinéma. Bien que le pays n’ait jamais été aussi riche, la tendance demeure à la hausse. Alors, pourquoi continue-t-on d’exploiter la culture et les femmes? Ce parallèle n’a pourtant rien d’étrange, puisque tout comme le travail domestique, le travail culturel s’appuie sur une fiction tenace et rétrograde: la vocation n’aurait pas besoin d’argent. On ne travaillerait donc pas contre rémunération, mais pour la cause, l’engagement remplaçant le salaire; et en guise de reconnaissance symbolique, gardons donc le symbole comme rétribution matérielle. Dans la majorité des cas, cette gratuité n’est plus un choix mais se voit imposée, sélectionnant les profils qui peuvent se permettre de travailler sans salaire, excluant silencieusement les autres classes sociales plus modestes, comme au siècle dernier.Lire la suite... -
27e édition du Black Movie, Genève
Festivals le 12 février 2026
De retour en terres genevoises pour sa 27e édition, le Festival international de films indépendants Black Movie a accaparé les écrans de la Capitale de la paix du 16 au 25 janvier pour y déployer sa fameuse sélection: 104 films, dont 48 longs et 56 courts, glanés çà et là dans les courants des eaux alternatives.Lire la suite... -
Dossier Spécial: Sinji Sōmai, l'intranquille du cinéma japonais
Dossiers/Entretiens le 12 février 2026
Shinji Sōmai (相米慎二), né le 13 janvier 1948 à Morioka, dans la préfecture d’Iwate, mort prématurément le 9 septembre 2001, est l’un des cinéastes les plus singuliers et les plus sous-estimés du Japon de l’après-Seconde Guerre mondiale. En l’espace de vingt années d’activité, il réalise treize longs métrages au parcours polymorphe, oscillant entre films populaires, expérimentations formelles et drames humains profondément sensibles.Lire la suite... -
Jeux dangeureux
Un Regard Sur le 12 février 2026
To be or not to be, c’est l’audace faite film, pour un sommet de comédie noire qui se tient fièrement au niveau du Dictateur de Chaplin (1940) autant dans son ambition que dans sa portée politique.Lire la suite... -
Cinquante nuances de blanc
Editos le 15 janvier 2026
Proclamée couleur de l’année 2026 par l’entreprise américaine Pantone, la nuance «Cloud Dancer» (PQ-11-4201TCX), tirant vers la teinte grège cotonneuse, à cheval entre le beige clair et le gris, anime les colonnes de la presse outre-Atlantique. Car si les tendances esthétiques sont présentées comme dictées par l’industrie, et plus grossièrement diffusées par le marketing médiatique - la Mode en cheffe de file -, elles donnent volontiers place à l’interprétation ainsi qu’aux savantes analyses de la part des spécialistes et journalistes de tout bord, qui se lancent à cœur joie dans la psychanalyse colorimétrique. TIME relaie d’ailleurs l’argumentaire du communiqué de Pantone tel un programme: «Une affirmation consciente de la simplification: Cloud Dancer renforce notre concentration, en nous libérant de la distraction des influences extérieures»1. Et le vocabulaire employé trahit déjà l’usage qu’on veut faire de cette teinte en prescrivant une disposition intérieure, car ce «blank canvas» n’est pas vide: il est déjà tendu et prêt à recevoir ce qui convient (et à effacer ce qui dérange).Lire la suite... -
Entretien avec Nicolas Wadimoff, Haneen Harara et Mahmoud Jouda pour Qui vit encore
Dossiers/Entretiens le 15 janvier 2026
Sur la carte de Gaza tracée au sol à la peinture blanche, les neuf protagonistes du dernier long métrage de Nicolas Wadimoff, Qui vit encore (sortie romande le 28 janvier prochain), partagent une parole rare, redonnant une humanité singulière à des destins trop souvent réduits au silence. Échange croisé avec le réalisateur, Haneen Harara et Mahmoud Jouda, pour écouter ce qui résiste, malgré tout.Lire la suite... -
Entretien avec Erie Sehiri pour Promis le ciel
Dossiers/Entretiens le 15 janvier 2026
Projeté en ouverture de la sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025, Promis le ciel est un second long métrage d’une grande pudeur, qui brosse le portrait de trois femmes, trois migrantes subsahariennes ayant rejoint la Tunisie. Rencontre avec Erige Sehiri à l’occasion de l’avant-première genevoise en fin d’année passée.Lire la suite... -
Le Top 10 de la Rédaction des films sortis en 2025
Palmarès le 15 janvier 2026
Pour identifier les films qui ont marqué Ciné-Feuilles en 2025, nous avons demandé un classement annuel des 10 meilleurs films à 17 de nos critiques. Il en a découlé une liste de 83 titres.Lire la suite... -
Les fiancées du sud
Un Regard Sur le 15 janvier 2026
En 2022, Elena López Riera signait son premier long métrage, El Agua, une fiction aux accents documentaires portée par de solides interprètes, mais fragilisée par la multitude de thématiques qu’elle cherchait à embrasser.Lire la suite... -
Au temps de la disparition
Editos le 18 décembre 2025
En clôturant cette brumeuse année 2025, une évidence s’impose: la grammaire des faits majeurs qui l’ont traversée n’a jamais pris la forme d’événements stabilisés. Ces douze derniers mois ont adopté la configuration de l’épisodique, avec des signaux dispersés et des informations incomplètes, qui ne se laissent pas véritablement saisir. Alors dans ce bouillon, que choisir? Ce monde qui nous apparaît sans jamais se constituer pleinement trouve un écho direct dans la pensée de Jacques Derrida, formulée dès De la grammatologie (1967). La présence n’y advient jamais comme totalité, mais toujours dans un mouvement de décalage et de retard. Il n’y a, chez lui, aucune présence qui ne soit déjà travaillée par le retrait, aucune manifestation qui échappe à l’ajournement ou au désajustement. Le monde contemporain ne se présente plus comme un ensemble d’événements auxquels nous aurions accès, mais comme une série de données disjointes, partiellement occultées, soumises à des temporalités qui échappent au présent. Derrida parle alors de la disparition du «présent plein»: ce que nous percevons est toujours déjà en retard sur lui-même, lié à un passé incomplet et à un futur qui ne se réalise jamais entièrement.Lire la suite...