Les Filles du Docteur March

Affiche Les Filles du Docteur March
Réalisé par Greta Gerwig
Titre original Little Women
Pays de production U.S.A.
Année 2019
Durée
Musique Alexandre Desplat
Genre Romance, Drame
Distributeur Sony
Acteurs Laura Dern, Emma Watson, Saoirse Ronan, Timothée Chalamet, Florence Pugh, Eliza Scanlen
Age légal 12 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 825
Bande annonce

Critique

Après le succès de Lady Bird, Greta Gerwig s’est vu confier l’adaptation d’un classique: Les Quatre filles du docteur March. Bousculant légèrement les codes du XIXe siècle, et plus radicalement la narration, elle peint un portrait fragmentaire des quatre sœurs et de leurs destinées.

S’approprier l’univers de Jo, Amy, Beth et Meg n’était pas chose facile après des adaptations au cinéma qui ont vu défiler les grandes actrices - de Katharine Hepburn à Winona Ryder, en passant par Elizabeth Taylor - et des castings prestigieux en général. Difficile aussi de remodeler le matériau de base, un roman qui a marqué des générations en contant la vie d’une famille dans l’Amérique de la Sécession. Greta Gerwig prend le parti d’exploser l’ordre du récit et ce n’est donc non pas par l’innocence enfantine d’une matinée de Noël mais par l’entrée de Jo (Saoirse Ronan) dans le bureau d’un éditeur que s’ouvre le film.

Une façon de mettre la création au cœur de son propos? La réalisatrice se concentre en effet sur l’auteure en devenir et Amy, attirée par la peinture. Si l’écriture permet l’évocation du passé, le tableau sert de modèle esthétique: couleurs chaudes, plans travaillés encadrent les déboires familiaux et amoureux. L’analogie va plus loin, Greta Gerwig traitant ses personnages par touches brèves, au gré des souvenirs de Jo. Le rythme parfois brutal des transitions, qui nous projettent d’un temps à l’autre, de la campagne à la ville, de la vie à la mort, empêche une exploration approfondie des caractères. Cela laisse de côté des figures comme Meg et Beth, moins impatientes de conquérir le monde que de préserver leur famille.

Cette approche impressionniste provoque aussi des échos frappants, rapprochant Jo et Amy au-delà des griefs et des continents, alors qu’elles tiennent un même discours sur le mariage - seul échappatoire économique pour une femme à cette époque. Il manque toutefois le choix d’un propos clair, qui aurait justifié de renoncer ainsi à la simple évolution des personnages et du récit. Les discours se heurtent autant que les plans, entre émancipation féminine, morale, sororité et passage à l’âge adulte. On saluera la volonté de ne pas prendre le spectateur par la main, mais - notamment pour qui ne connaît rien du livre - le pari est risqué.

Il est pourtant un point sur lequel le film emporte sans concession: son romantisme. Celui-ci ne doit rien aux personnages masculins, Timothée Chalamet et Louis Garrel ne parvenant pas à faire oublier Christian Bale et Gabriel Byrne, pour ne citer qu’eux. Non, le coup de foudre se joue entre Saoirse Ronan et nous. Par elle, Jo est flamboyante, déchirante, magnifique, pathétique. Sa détermination à trouver un bonheur qui ne dépende que d’elle la rend bouleversante lorsque ses illusions s’effondrent… pour la laisser encore plus résolue. Et garantir qu’on n’oubliera pas de sitôt son interprète.

Adèle Morerod

Appréciations

Nom Notes
Adèle Morerod 14
Amandine Gachnang 16
Camille Mottier 13