The Lighthouse

Affiche The Lighthouse
Réalisé par Robert Eggers
Titre original The Lighthouse
Pays de production U.S.A., Canada
Année 2019
Durée
Musique Mark Korven
Genre Epouvante-horreur, Thriller
Distributeur Universal Pictures International France
Acteurs Willem Dafoe, Robert Pattinson, Valeriia Karaman
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 825
Bande annonce

Critique

Tantôt protecteur de navires, tantôt témoin de naufrages, le phare est un lieu qui fouette l’imaginaire. Sauf dans The Lighthouse. Eggers y met en scène sans convaincre la noire sauvagerie qui secoue deux hommes obligés de cohabiter.

Le réalisateur étasunien s’est fait remarquer avec The Witch (2015), un premier long métrage situé à la frontière entre psychologie et sorcellerie. Déplaçant sa caméra sur un îlot rocheux, au large du Canada, il y amène deux gardiens de phare appelés à travailler ensemble en attendant la relève, quatre semaines plus tard. Le plus âgé (Willem Dafoe) prétend être un marin aguerri, obligé de rester à terre à la suite d’un accident. Son second (Robert Pattinson) est un novice, aussitôt exploité par son patron et sommé sans explication de ne jamais monter jusqu’à la lanterne du phare.

Eggers choisit le format carré et le noir et blanc, volonté stylistique qui évoque le grand cinéaste polonais, Pawel Pawlikowski (Ida, 2013 et Cold War, 2018). Encore faut-il aller plus loin. Or, si l’absence de couleurs sert le fantasmagorique, l’éclairage n’est pas utilisé dans toute sa force - bien que la lanterne du phare soit au centre du film. La nuit lui vient trop souvent en renfort, comme thème important du cinéma fantastique. La musique, dès les premiers plans, rend le scénario suspect par son vacarme, son expressionisme exagéré, déjà orienté vers les sortilèges.

Que se passe-t-il donc dans cette histoire? La cohabitation forcée entre deux hommes qui se détestent, leur passé respectif obscur, les secrets que chacun prétend dissimuler se mêlent aux hallucinations qu’entraîne l’alcoolisme… A moins que le mauvais sort ne se soit réellement emparé des lieux.

Malgré les deux excellents acteurs, voués à un pénible tournage de pluie et de boue, les personnages ne sont pas très plausibles, trop typés, trop caricaturaux. Le scénario a oublié la finesse, la subtilité de la psychologie. Emporté par la bande-son, il décrit de grands fracas là où l’esprit est pénétré par l’angoisse, là où l’angoisse se mue en hallucination, là où l’hallucination se transforme en évidence. Folie ou maléfice?

Dans cette ambiance épaisse, on entend à peine le ressac; seuls quelques plans montrent la violence des vagues gonflées par la tempête. Tout aussi ignoré est le rôle du phare et son enjeu pour la navigation. Le drame que vivent les deux gardiens pourrait se dérouler n’importe où ailleurs que dans cet îlot perdu. C’est une frustration qui court tout au long du film tant est forte la mythologie liée à la mer, tant elle manque ici.

Au fond, ce qui fascine dans The Lighthouse, c’est tout ce qu’il aurait pu être, grâce à une écriture plus solide, une analyse plus fine de son sujet et peut-être même davantage de modestie…

Geneviève Praplan

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 9
Georges Blanc 10
Sabrina Schwob 9