First Man - le premier homme sur la Lune

Affiche First Man - le premier homme sur la Lune
Réalisé par Damien Chazelle
Titre original First Man
Pays de production U.S.A.
Année 2018
Durée
Musique Justin Hurwitz
Genre Drame, Biopic
Distributeur Universal
Acteurs Ciarán Hinds, Ryan Gosling, Claire Foy, Kyle Chandler, Jason Clarke, Corey Stoll
Age légal 12 ans
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 799
Bande annonce

Critique

1968, l’homme pose pour la première fois le pied sur la Lune.

First Man raconte l’histoire de cet homme. Toutefois, dans le parcours de Neil Armstrong, de son statut initial de pilote à l’aventure Apollo 11, c’est moins la conquête spatiale que le trouble intime qui intéresse Damien Chazelle. Le réalisateur acclamé de Whiplash (2014) et La La Lan(2016) semble s’être emparé, au premier abord, d’un sujet gigantesque, autant par sa portée historique que par sa production. Il est dès lors fascinant de le voir esquiver les attentes et poursuivre sans relâche son personnage, même si, ce faisant, il s’égare parfois dans les longueurs et le symbolisme facile.

Dès la première scène, nous sommes pris avec Armstrong dans un vol chaotique, la caméra au plus près de son visage. Un visage qu’elle ne lâchera quasi jamais au cours du film, moins pour donner à voir ses sentiments que son renfermement progressif, sa fuite hors de la vie qui le conduira bien loin des frontières de notre monde. Car il est bien question d’étouffement, de déconnexion: celle d’un homme dont l’existence est hantée par les deuils, qui rythment sans trêve le récit, et parmi eux, un fondateur, trou noir qui semble happer toujours plus le personnage.

En cela, Ryan Gosling était un choix parfait. Beaucoup a déjà été dit, en bien ou en mal, sur sa capacité à être inexpressif. C’est en tout cas tout sauf une absence de jeu, car dans cette impassibilité Gosling contient toute la tension du personnage, et celle du film. A travers les casques et l’obscurité des navettes, malgré aussi la froideur du protagoniste, il nous fait réaliser progressivement que sa course douloureuse pour la Lune est avant tout une course pour la mort.

 Par des cadres toujours resserrés, des plans rongés par l’ombre et les bruits assourdissants, un sentiment de claustrophobie se dégage non seulement des séquences de test dans les capsules mais aussi de celles du quotidien. Le réalisateur parvient donc à faire de l’espace - ici et là-haut - une barrière presque tangible entre les êtres. Rares sont les moments de partage, en famille ou entre collègues, qui offrent une respiration, jamais durable.

 Rarement aussi, le thème spatial aura servi à tel point de prétexte à refléter les impossibilités de l’individu. Ce voyage vers un point, même aussi spectaculaire que la Lune, paraît soudain minime par rapport à l’expérience intérieure, jamais achevée ni conquise. D’ailleurs, l’Histoire est reléguée aux marges du récit, associée à d’autres, notamment Buzz Aldrin avec qui Armstrong alunira. Après le retour, durant leur quarantaine, un discours de Kennedy qui martèle l’importance de conquérir l’espace est rediffusé à la télévision, laissant son collègue en larmes alors qu’Armstrong semble à peine l’entendre. Sa trajectoire se situe bien ailleurs.

First Man raconte aussi l’histoire d’une femme, celle d’Armstrong. Et Damien Chazelle lui accorde une place essentielle quoique discrète, à raison. Elle est celle qui doit continuer à faire face en dépit des êtres disparus, s’occuper de ses deux fils qui voient leur père sans cesse s’élancer plus loin, attendre devant une simple petite radio des nouvelles de ce lieu où lui s’éclipse. Claire Foy lui confère une force et un rayonnement bouleversants, qui surgissent comme un appel à revenir adressé à Armstrong. Mais même une fois redescendu sur Terre, toutes les distances sont-elles vraiment abolies?


Adèle Morerod

Appréciations

Nom Notes
Adèle Morerod 16
Georges Blanc 12
Philippe Thonney 13