Portrait de la jeune fille en feu

Réalisé par Céline Sciamma
Titre original Portrait de la jeune fille en feu
Pays de production France
Année 2018
Durée
Musique Jean-Baptiste de Laubier, Arthur Simonini
Genre Drame, Historique
Distributeur Cineworx
Acteurs Valeria Golino, Adèle Haenel, Noémie Merlant, Luàna Bajrami, Christel Baras, Armande Boulanger
Age légal 12 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 819
Bande annonce (Allociné)

Critique

Le «désir premier» de Céline Sciamma était de réaliser un film d’amour. Mais plus que cela, c’est la condition des femmes artistes, et des femmes en général, qu’elle raconte à travers cette œuvre située dans la Bretagne du XVIIIe.

1770, siècle des Lumières, bouillonnements prérévolutionnaires, rien de cela ne semble avoir favorisé l’indépendance féminine. La réalisatrice française a cherché à en savoir davantage et mis en scène une réalité du passé qui en dit long sur celle d’aujourd’hui. «Ce n’est pas parce que les problématiques sont anciennes qu’elles n’ont pas leur actualité. Surtout quand il s’agit d’une histoire aussi peu racontée que celle des artistes femmes.»

L’artiste qu’imagine Céline Sciamma n’a pas la renommée d’une Elisabeth Vigée Le Brun ou d’une Camille Claudel. Elle ressemble à d’autres anonymes connues de leur temps seulement et surtout dans l’exécution de portraits - il faut attendre encore une cinquantaine d’années avant que la photo ne détrône le genre.

Voici donc Marianne (Noémie Merlant), appelée en Bretagne pour peindre Héloïse (Adèle Haenel). A cette époque, autre contrainte, les jeunes femmes sont promises à un époux choisi pour elles, quels que soient leurs sentiments. C’est pour cela qu’Héloïse vient de quitter le couvent. Sa mère (Valeria Golino) veut la marier à un gentilhomme milanais à qui la peinture est destinée. Mais, intelligente et forte, la jeune fille rejette ce destin imposé et refuse de poser. Marianne va devoir l’observer en secret.

C’est donc à partir du regard que se construit le film. Le regard de Marianne tombe d’abord sur un portrait sans tête peint par un autre artiste, puis suit Héloïse de dos sous sa capuche de promenade, jusqu’à une révélation brutale au sommet de la falaise. Enfin, voici le visage d’Héloïse; voici aussi son caractère.

Dès lors, la relation entre les deux femmes se resserre sous l’effet de l’étude discrète menée par l’artiste. Laquelle, bientôt, est elle-même placée sous l’attention du modèle, tenu de regarder devant lui l’artiste au travail. Ce jeu du regard s’allie à celui du temps, le temps qu’il faut pour s’approcher de quelqu’un et le connaître, le temps nécessaire à l’affermissement des sentiments. Le temps de la peinture aussi, le délai pour la terminer qui limite étroitement la passion naissante, car comment celle-ci survivra-t-elle au tableau terminé?

Au XVIIIe siècle, aimer est un verbe difficile, surtout entre deux personnes du même sexe.

Avec un propos si intérieur, Céline Sciamma n’a nul besoin d’effets. Sa mise en scène, malgré quelques étirements superflus, reste sobre; le décor, les costumes ne chargent en rien la narration. La singularité du film repose sur la composition des plans voulus comme autant de tableaux. Ainsi les cadrages, les éclairages en clair-obscur, les scènes à l’office où la nourriture se place en nature morte, ainsi le plissé des étoffes, les pans de rideaux et, bien sûr, les gros plans sur le dessin. Ce choix aussi sert le propos tant il semble placer dans l’ordre des images, donc de l’irréel, la relation impossible entre les deux femmes.

Défendant une vision plus large, la réalisatrice évite la démonstration d’un amour qui s’enferme sur lui-même; non seulement elle opte pour une bienveillante discrétion, mais elle introduit la servante dans un cercle d’amitié qui rappelle la force de la solidarité féminine. Et, par ce rôle qu’elle a imaginé tout exprès pour Adèle Haenel, elle révèle une actrice étonnante, qu’on espère voir plus souvent dans ce jeu tout en intériorité.

Céline Sciamma a été la scénariste de Ma vie de courgette (2016), le grand succès de Claude Barras. Elle a obtenu le Prix du scénario au dernier Festival de Cannes pour Portrait de la jeune fille en feu.


Geneviève Praplan

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 15
Serge Molla 16
Georges Blanc 13