Inception

Affiche Inception
Réalisé par Christopher Nolan
Pays de production U.S.A., Grande-Bretagne
Année 2010
Durée
Musique Hans Zimmer
Genre Science fiction, Thriller
Distributeur Warner Bros. France
Acteurs Michael Caine, Leonardo DiCaprio, Marion Cotillard, Cillian Murphy, Ellen Page
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 619
Bande annonce

Critique

Avec un scénario très original, ce film emmène son spectateur sur des chemins inattendus, soulevant bien des questions sur notre rapport à la réalité. Quant aux rêves, lieux de l’action, ils n’ont pas encore livré tous leurs secrets, ce qui permet à la science-fiction de croire encore à quelque maîtrise.


Incompréhensible pour les uns, chef-d’œuvre pour les autres, ce film de science-fiction ne laisse guère indifférent. Par son scénario tout d’abord, subtil et inédit. Cobb (Leonardo DiCaprio), un «extracteur», soit un personnage capable de s’introduire mentalement dans les rêves de ses proies, est mandaté par un responsable de multinationale non pas pour dérober une idée - ce qui a fait sa réputation -, mais pour procéder à l’inverse. Il devra cette fois-ci en implanter une dans l’esprit d’un individu, afin de pousser un grand patron à changer ses plans.


Ainsi énoncée, l’histoire paraît presque simple, mais débouche concrètement sur une histoire en abyme, tant un rêve peut en cacher un autre plus profond, et ainsi de suite. Et si l’on précise que les dimensions d’espace et de temps se déploient différemment au cœur des uns et des autres, le voyage cérébral auquel invite Christopher Nolan ne sera pas de tout repos, quand bien même il devra se dérouler durant quelques heures de sommeil de la victime. Autant dire que, pour une fois, le spectateur est convié à s’accrocher à une intrigue complexe, même si bien sûr elle n’est guère plausible et qu’elle s’inscrit dans une conception matérialiste, étanche à la dimension poétique et symbolique du langage onirique (si l’on omet le monde rêvé par Cobb et son épouse qui progressivement sombra dans la folie) et ne tenant aucun compte des apports freudiens.


Christopher Nolan, qui fit de Batman un justicier tourmenté (BATMAN BEGINS, 2005) et réalisa plus récemment LE CHEVALIER NOIR (2008), n’a pas lésiné sur les moyens mis en œuvre, mais véritablement au service de ce scénario complexe. Sa réalisation est truffée d’allusions à d’autres films et riche d’effets spéciaux, divers dans chaque niveau onirique, dont certains sont d’une grande beauté, pour tordre et reconstruire la dimension spatiale à loisir, rendant possible des constructions virtuelles telles qu’un Maurits Cornelis Escher avait imaginées et dessinées, ou pour déjouer la notion de gravité non sans quelque clin d’œil à 2001 L’ODYSSEE DE L’ESPACE. Poursuites intrépides (James Bond n’est parfois pas loin), rêveurs assis, jeux de miroirs, les possibilités se mêlent et s’entremêlent pour permettre à Cobb et à son équipe «travaillant» de concert dans différents rêves de mener à bien cette délicate mission.


Tout irait bien ou presque si l’extracteur n’avait pas quelque blessure intérieure inavouée. C’est que Cobb est hanté par la mort de sa femme dont il a été accusé, rendant dès lors impossible son retour aux Etats-Unis, où il aimerait tant retrouver ses enfants. Cette femme aimée (Marion Cotillard) et perdue à jamais, ne la retrouve-t-il pas de rêve en rêve, le rendant incapable de faire véritablement son deuil et perturbant précisément ses «missions»? Quant à la victime, à laquelle il s’agit d’implanter une idée, son parcours n’est pas non plus linéaire, comme le révèle la relation qu’elle entretient avec son père mourant.


Pour incarner des personnages qui ont plus d’épaisseur que de coutume dans un film de ce genre, les acteurs sont bien choisis, avec un DiCaprio qui s’imposait, tant il campe avec conviction un homme à l’équilibre incertain (SHUTTER ISLAND), ou une Ellen Page, géniale conceptrice des univers parallèles. Quant à la musique, elle n’apporte pas grand-chose, sinon un assourdissement dévastateur. Autant dire que cela faisait longtemps qu’un film d’action n’avait pas bénéficié d’un scénario si original et déployant une violence somme toute rêvée. Le spectateur s’accrochera et s’interrogera finalement sur la puissance des mondes virtuels. Et cela d’autant plus que cette question dépasse de loin le cinéma contemporain, alors que ce dernier ne fait que révéler combien se modifie radicalement notre relation au monde, surtout lorsque le désir de tout maîtriser envahit désormais non seulement l’espace extérieur, les niveaux de conscience, mais ceux de l’inconscient. Désormais, aucun univers, parallèle ou non, n’est plus protégé. Toute ressemblance avec le recul de la sphère privée…


Note: 16

Serge Molla