Augustine

Affiche Augustine
Réalisé par Alice Winocour
Pays de production France
Année 2012
Durée
Musique Jocelyn Pook
Genre Drame
Distributeur cinemathequesuisse
Acteurs Chiara Mastroianni, Vincent Lindon, Olivier Rabourdin, Stéphanie Sokolinski, Roxane Duran
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 659
Bande annonce

Critique

Ce premier film d’une jeune réalisatrice ausculte la relation qui s’établit entre le fameux spécialiste de l’hystérie, le professeur Charcot, et l’une de ses patientes. Augustine tente de saisir leurs personnalités et les forces qui les animent: les tourments d’une femme et la quête acharnée d’un scientifique. Avec un tableau de la condition féminine à la fin du XIXe siècle.

En 1873, Augustine (Stéphanie Sokolinski, dite Soko) arrive à l’hôpital de la Salpêtrière, cette Cité des femmes où sont réunies des milliers de malades soumises à l’autorité de quelques médecins. Elle a dix-neuf ans et devient rapidement l’une des patientes les plus célèbres du professeur Charcot (Vincent Lindon), le père de la neurologie moderne, le spécialiste à la renommée internationale. Après avoir été la star de ses études sur l’hystérie, la vedette de ses démonstrations d’hypnose, sa patiente la plus observée et la plus photographiée, elle s’enfuit de la Salpêtrière en 1885 et personne ne saura jamais ce qu’elle est devenue. Voilà pour les données historiques.

Fascinée par ces personnages qui déclenchent son imaginaire, Alice Winocour va utiliser ce riche ingrédient pour son premier long métrage et tenter de répondre aux questions qu’elle se pose: comment Augustine subissait-elle les traitements très violents qu’on lui imposait? comment se déroulaient les examens cliniques auxquels elle était régulièrement soumise? qu’en était-il des séances d’hypnose et des expérimentations organisées devant un public essentiellement masculin? que se passait-il entre les séances? et surtout quelle était la nature de la relation entre elle et Charcot?

A travers le regard d’Augustine, la réalisatrice rend palpable l’immense détresse de toutes ces femmes enfermées et dont, pour certaines, les rôles sont tenus par de vraies malades. Il apparaît bien que l’hystérie était l’une des réponses donnée par les femmes aux violences subies, une forme de rébellion, de révolte, qui s’exprimait à travers le corps. « L’hystérique est une esclave qui cherche un maître sur qui régner. » (Jacques Lacan). Pour la réalisatrice, les femmes souffrant d’hystérie font de leur corps le théâtre de leurs souffrances et de leurs désirs. Ce qu’elles recherchent, c’est un spectateur à fasciner.
Les scènes de crise d’Augustine débordent d’une forte charge sexuelle et émotionnelle. C’est toute la violence d’une sexualité niée, réprimée, violentée qui se manifeste dans ces convulsions filmées comme autant de cris de manque et de souffrance, comme des crises de possession. Son corps lui échappe jusqu’au complet retournement du rapport de force entre elle et Charcot…

Augustine est un film en costumes, à l’ambiance sourde et crépusculaire, avec des acteurs époustouflants d’ambiguïté et vibrant de force, de consistance, de justesse. Un film troublant, à voir, et dont il faut surveiller la sortie puisqu’il est distribué par la cinémathèque et qu’il n’intéressera jamais les grands circuits commerciaux.

Anne-Béatrice Schwab


Présenté en séance spéciale lors de la Semaine de la critique à Cannes en 2012, ce premier long métrage a impressionné plusieurs critiques par la maîtrise (que l'un d'entre eux a jugée trop corsetée...) de la réalisation. Il est vrai que les interprètes sont bons (particulièrement Lindon dans sa retenue) et la reconstitution soignée.
Alice Winocour est partie de l'histoire vraie d'Augustine, patiente vedette du professeur Jean-Martin Charcot, qui a pratiqué plus de trente ans à l'hôpital parisien de la Salpêtrière; la première chaire mondiale de neurologie a été créée pour lui en 1882.

Ici, nous sommes en 1885. Augustine (Stéphanie Sokolinski, plus connue comme la chanteuse Soko, et dont le visage orne l'affiche de la 52e Semaine de la critique), dix-neuf ans, domestique dans une famille bourgeoise, a été hospitalisée, souffrant de crises répétées d'hystérie, pathologie que Charcot (Vincent Lindon) étudie de près et traite par l'hypnose. En fait, plus qu'à l'aspect scientifique, la réalisatrice s'intéresse à la relation ambiguë qui s'installe entre la patiente et son médecin; elle cite Lacan: «L'hystérique est une esclave qui cherche un maître sur qui régner».

Lors de ses leçons publiques, qui évoquent une représentation théâtrale (les spectateurs applaudissent la «performance» de la patiente et de son «dresseur», il recourt souvent à la jeune femme, qui évolue: d'abord partiellement paralysée et insensible du côté droit (oeil droit fermé, le «clin d'oeil hystérique»), elle voit son mal passer du côté gauche puis, après avoir eu la vision sanguinolente d'une poule qu'elle a décapitée, elle a enfin ses règles et se sent guérie. Pour une leçon cruciale que donne Charcot en vue d'obtenir le soutien de l'Académie médicale, elle simulera une crise, les yeux dans les yeux du maître, puis se donnera à lui, qu'elle possède en fait. Le 13 mai 1885, son dossier médical rapporte que, «hier soir, Augustine s'est enfuie (...) déguisée en homme».
Augustine est un film de femme sur la femme et sur la condition féminine dans les classes défavorisées de la société. Elle fait se succéder le témoignage de plusieurs hystériques (de vraies patientes tout juste sorties de l'hôpital, certaines encore en traitement) et montre des mâles en costume trois pièces qui considèrent leurs malades comme des objets déshabillables et auscultables à volonté. Son regard clinique stérilise un peu l'émotion que l'on voudrait ressentir.

Daniel Grivel


C’est aux travaux sur l’hystérie féminine menés par le Professeur Charcot que s’intéresse ce film où se mêlent le médical et l’érotique. Il s’inspire de l’histoire vraie d’Augustine, une servante internée suite à une crise aussi violente que subite, et se concentre sur le rapport trouble liant progressivement Augustine au savant, conduisant à un complet retournement des rapports de force entre eux: le médecin face à sa malade, l’homme mûr face à la jeune fille, le bourgeois face à une fille du peuple. Toutefois, la réalisation va plus loin encore en révélant, au-delà de la recherche scientifique, la théâtralisation des leçons données publiquement par le professeur devant un aréopage de collègues de l’Académie devenus voyeurs.

Mêlant parfois les codes du film classique à ceux du film fantastique, Alice Winocour réussit à offrir une étrange leçon d’histoire qui interroge la révolte voire la rage qu’est susceptible d’exprimer le corps au moment même où toute rébellion sociale n’est guère possible. D’ailleurs, aujourd’hui encore, le corps poursuit ses indicibles expressions comme en témoignent avec une désarmante sincérité quelques patientes hystériques actuelles.

Serge Molla

Serge Molla

Appréciations

Nom Notes
Anne-Béatrice Schwab 16
Daniel Grivel 12
Serge Molla 14
13
Antoine Rochat 14