Ararat

Affiche Ararat
Réalisé par Atom Egoyan
Pays de production Canada
Année 2002
Durée
Musique Mychael Danna
Genre Drame
Distributeur Monopol - Pathé
Acteurs Christopher Plummer, Bruce Greenwood, Charles Aznavour, Marie-Josée Croze, David Alpay
Age légal 14 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 438
Bande annonce (Allociné)

Critique

"Cinéaste canadien d'origine arménienne, Atom Egoyan opère un retour sur l'histoire du peuple arménien en même temps qu'il part lui-même à la découverte de ses propres racines. Un film riche, complexe et émouvant.

ARARAT* évoque le génocide d'un million et demi de personnes perpétré en 1915 dans les provinces orientales de l'Empire ottoman. Un génocide dont l'Etat turc continue de nier l'existence historique.

Le film est avant tout une réflexion sur la conscience que l'on a aujourd'hui de ce qui s'est passé dans cette région de l'Europe orientale, au début du XXe siècle. Atom Egoyan s'efforce de rappeler l'horreur du génocide - à travers un film qu'un cinéaste, Edouard Sarroyan (Charles Aznavour), est en train de tourner - et de laisser aussi apparaître les conséquences de cette tragédie chez les descendants de ceux qui ont échappé à la mort. Des gens qui sont à la recherche de leur propre histoire, qui le font au gré des besoins du moment, en fouillant dans leurs souvenirs (souvent défaillants), en écoutant les témoignages des survivants ou en suivant les pistes de leur imagination personnelle. Tous ces personnages ont un besoin vital de saisir la ""vérité historique"" pour la comprendre et, si possible, l'accepter.

Le film - très riche - a les défauts de ses qualités: le spectateur doit souvent passer d'un niveau de lecture à un autre, et la netteté du propos s'en ressent. ARARAT, constitué de fragments narratifs, ressemble à un puzzle et les transitions (dans le temps comme dans l'espace) sont subtiles.

Il y a d'abord l'évocation et l'illustration des faits historiques, à travers le film que tourne Sarroyan, lequel déclare vouloir montrer ""réellement ce qui s'est passé"". Or son film ressemble à une médiocre production hollywoodienne, assez grandiloquente et sentimentale: Egoyan nous rappelle ainsi, par un clin d'œil, que ce n'est pas le film de Sarroyan ni le cinéma de fiction qui permettra d'atteindre réalisme ou vérité historique.

Il y a ensuite les propos des acteurs du film de Sarroyan qui se placent dans une perspective tout actuelle. Un acteur turc doit jouer le rôle d'un officier ottoman très cruel: il en résultera une discussion tendue, mais intéressante, avec le réalisateur et son assistant.

Il y a aussi un troisième niveau de réflexion, celui qui renvoie aux personnages de la communauté arménienne qui ont survécu, c'est-à-dire aux descendants des victimes ou à ceux qui ont échappé à la tragédie en s'exilant. Parmi eux certains ont cherché à se décharger de ce lourd héritage historique, comme Ani (Arsinée Khanjian), historienne de l'Art qui tente d'oublier une bonne partie de son passé personnel; comme Arshile Gorky, peintre arménien (qui a réellement existé) du nom de Vosdanig Adoian, qui a voulu changer complètement d'identité après avoir fui l'Arménie, en se faisant passer pour un parent de Gorki. Il sera rattrapé par l'Histoire, lui qui est un peu le double d'Egoyan, exilé lui-même (au Canada).

Et l'Histoire sera finalement faite par deux personnages qui apparaissent de prime abord secondaires, Raffi, fils d'Ani et assistant-réalisateur de Sarroyan, et David, le vieux douanier qui, à la veille de sa retraite, doit contrôler ses bagages lors de son arrivée au Canada. Cette longue scène dans les bureaux de la douane sous-tend tout le film et constitue le support, le centre de gravité d'ARARAT. Au travers de multiples retours en arrière se construira peu à peu, jusque dans les dernières séquences, une image très forte de l'acceptation du passé. Celui-ci pourra finalement se redéfinir, en fonction d'une nouvelle vérité à la fois historique et subjective, puisque liée étroitement aux propos échangés par Raffi et le douanier.

Atom Egoyan, réalisateur de De beaux lendemains (Prix œcuménique à Cannes en 1997), reste fidèle à sa démarche. On retrouve dans ARARAT les questions liées à l'héritage historique et familial et à sa transmission par filiation, au travers de personnages qui ont été confrontés à une tragédie et qui doivent redécouvrir et réinventer leur passé pour pouvoir affronter le présent. En cela le cinéaste dépasse la stricte histoire de son pays pour toucher à une forme de réflexion à valeur universelle.



* Le Mont Ararat désigne, en 1914, le plus haut sommet d'Arménie (5'000 m.), sur la frontière des empires russe, turc et persan. Il est considéré comme le lieu où s'est échouée l'Arche de Noé."

Antoine Rochat

Appréciations

Nom Notes
Antoine Rochat 16
Georges Blanc 16
Daniel Grivel 16
Geneviève Praplan 18
Ancien membre 17
Anne-Béatrice Schwab 13