Ici et là-bas

Affiche Ici et là-bas
Réalisé par Ludovic Bernard
Pays de production France
Année 2023
Durée
Musique Guillaume Roussel
Genre Fiction, Comédie
Distributeur Pathé Films
Acteurs Ahmed Sylla, Hakim Jemili, Hugo Becker
Age légal 8 ans
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 920

Critique

Dans Ici et là-bas, on essaie d’inverser les situations migratoires, pour mettre en exergue la difficulté d’être une personne de couleur. Sékou, qui a changé son nom en Cédric pour tenter de s’intégrer en France, incarne un personnage écrit avec beaucoup de maladresse et de ratages, gonflé de stéréotypes, à l’image du film dans son entier.

Adri (Hakim Jemili) est un Français qui vit au Sénégal depuis quinze ans. Il y a fait sa vie avec sa femme Aminata, à présent enceinte. Cependant, suite à un incident diplomatique entre la France et le Sénégal, l’expatrié doit rentrer dans son pays d’origine. Réfugié chez son cousin Sékou (Ahmed Sylla) à Paris, Adri tente de fabriquer des faux papiers et de retourner au pays, pendant que son cousin est sous pression professionnelle et essaie de devenir le parfait Français. Les deux trajectoires évoluent chaotiquement, puisque Adri semble être un extraterrestre en Europe, possédant pourtant tous les codes sociaux, mais refusant qu’on lui vole son identité africaine, et tentera de rentrer au Sénégal par tous les moyens. Son cousin vivant dans un secteur très franchouillard - un label de promotion des producteurs locaux - l’embarque pour un tour de France des terroirs. Partis à la rencontre des petits artisans dans l’optique de leur faire signer un contrat, le duo rocambolesque accumule les mauvaises blagues et les clichés, comme cette séquence de dégustation dans une fromagerie francilienne: Cédric se fait passer pour l’assistant car il est noir, et Adri enchaîne les faux pas en se faisant passer pour le commercial, car il est blanc. Citons en illustration une scène décevante où Adri lance un «Je peux goûter cette merde?» auquel les producteurs lui répondent «C’est du brie noir, notre produit phare». S’ensuit un gros plan sur le visage de Cédric (qui est noir) jetant un regard caméra assez inquisiteur.

Arrêtons-nous là pour les détails narratifs, car plus le film progresse, plus la gêne est inconfortable. Outre une caricature ennuyeuse, la décence des identités n’est pas respectée. Dans ce film, être noir ou le revendiquer pose un problème. On passe donc d’une comédie assez vulgaire à un long métrage malaisant, qui patauge dans un humour consternant, avec beaucoup de honte. Il est également triste de constater que les grandes chaînes de télévision française soutiennent ce type de film, en témoigne la coproduction Canal+ et TF1 de ce 10e long métrage de Ludovic Bernard, qui n’aurait jamais dû sortir en salle tant il est boursouflé de grossières erreurs, et d’un manque de respect envers les communautés immigrées.


Emilie Fradella

Appréciations

Nom Notes
Emilie Fradella 3