Blackbird Blackbird Blackberry

Affiche Blackbird Blackbird Blackberry
Réalisé par Elene Naveriani
Pays de production Suisse, Géorgie, Allemagne
Année 2023
Durée
Musique Marc Von Stürler
Genre Drame
Distributeur Frenetic
Acteurs Eka Chavleishvili, Temiko Chinchinadze, Pikria Nikabadze
Age légal 12 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 920

Critique

Venu de Géorgie, ce film apporte de l’exotisme. Mais surtout des espoirs et des déceptions qui, eux, sont universels. Comment vivre dans une société étriquée quand on est une femme seule de 49 ans?

L’exotisme, ce sont les usages. Ancienne province soviétique, devenue indépendante en 1991, la Géorgie possède d’importants sites culturels. Mais sa société, dans les villages surtout, est rivée à des usages frustes, figés depuis toujours, soumis au qu’en-dira-t-on. Les hommes s’activent d’un côté, les femmes de l’autre; on s’écoute peu, on ne se retrouve guère, sinon pour les mariages et les naissances.

Elene Naveriani a lu le dernier roman de Tamta Melashvili, Blackbird Blackbird Blackberry et s’est laissé séduire. «Dans le personnage principal d’Etero, des mondes entiers ont été capturés: pleins de contradictions et de révolutions. […] Le livre me parle personnellement et politiquement.» Elle en a fait le sujet de son nouveau film.

Etero (Eka Chavleishvili) tient un petit commerce. À 49 ans, elle n’a pas de mari, n’a jamais fait d’expérience sexuelle et ne semble pas s’en soucier. Son intérêt se porte sur la nature où elle retrouve les mûres chéries de son enfance, le merle noir et la rivière. Les amies sont rares et, malgré les gâteaux qu’elles partagent, les femmes du village qui l’envient en cachette ne ratent pas une occasion de lui lancer des perfidies. Mariées et mères, elles ne sont pas plus heureuses. Un jour qu’elle échappe à un accident, Etero a une vision d’elle-même, morte, ses compagnes atterrées autour d’elle. Le choc de cette image brise sa routine et l’oblige à prendre conscience de son amour pour Murman (Temiko Chinchinadze), dans une profonde symbiose entre sexe et sentiments.

«J’essaie de rendre visibles des histoires invisibles», explique la réalisatrice, «de faire entendre des voix inaudibles et d’ouvrir un espace pour les vies marginalisées». Elle y parvient magnifiquement dans ce film où tout est étouffé par les conventions. La place offerte à Etero est entière, le spectateur peut mesurer ce que vit une femme qui ne suit pas la voie prescrite, entendre ses hésitations, ses questions, ses doutes sans qu’elle doive s’en expliquer.

De la même manière comprend-on les sentiments de Murman, amoureux lui aussi, d’un «amour d’automne» comme il le dit avec infiniment de poésie. On se dit que ces deux-là pourraient s’affranchir des règles sociales, réussir à former un couple vivant entier, malgré les mauvaises langues et les commérages. La suite du film le dira.

Suggérer une réalité plutôt que l’expliciter, ce film en est un bel exemple. Ses personnages sont mis en scène comme dans la vie, sans effet, par la grâce d’acteurs intelligents et bien dirigés. Le décor intérieur est pictural et graphique, comme dans la société. Faudrait-il chercher le bonheur dans la nature, là où se réfugient l’âme seule et les amants? Gros plan sur les mûres, gros plans sur le merle, tandis que chante la rivière.


Geneviève Praplan

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 18