Brûlure du vent (La)

Affiche Brûlure du vent (La)
Réalisé par Silvio Soldini
Pays de production
Genre
Acteurs Jennifer Peedom
Age légal 12 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 437

Critique

Silvio Soldini réussit la mise en place d'une atmosphère douloureuse, celle qui enveloppe comme le stratus d'hiver les communautés de réfugiés.

Nul n'a jamais vu un Jura si triste. Il y pleut, il y neige, la nuit semble sans fin et quand la saison tourne, ni le printemps ni les forsythias ne lui rendent son sourire. Car elle est belle cette terre neuchâteloise où Silvio Soldini a tourné LA BRÛLURE DU VENT. Mais son film ne peint pas le portrait objectif d'une région, il décrit le paysage d'asile, celui dans lequel des étrangers tentent de rendre racine. Cette sorte de contrepoint à la réalité est d'autant plus frappante que le film s'appuie sur un roman d'Agota Kristof, écrivain exilé de son pays et de sa langue, venue de Hongrie pour s'installer à Neuchâtel. L'oeuvre de cette femme est sombre, terriblement sombre, et le décor de Soldini ne la trahit pas.

Tobias avait dix ans lorsqu'il a traversé, seul, la frontière. Réfugié en Suisse, il s'appelle aujourd'hui Dalibor (Ivan Franek), adulte sans soleil, construit sur une enfance en miettes. Il aime Line, passionnément, définitivement. Mais Line appartient aux souvenirs de cette enfance détruite. Il n'a donc pas d'avenir, sinon l'usine où il travaille et la solitude qui lui laisse du temps pour affirmer son écriture, il veut en faire un métier. Comme Agota Kristof, il écrit en français. Comme elle, il a pris racine dans ce pays et ne songe pas à le quitter. Et un jour, il croise Line (Barbara Lukesowa), il reconnaît au premier instant sa camarade de classe née du même père que lui. La vie ne lui sera pas plus facile.

Jeté comme un bol d'eau glacée au visage de la Suisse, LA BRÛLURE DU VENT est avant tout l'aspiration du spectateur à l'intérieur d'une communauté étrangère. Non pas pour ce qu'elle apporte avec elle, mais pour ce qu'elle reçoit, perçoit, comprend de la terre d'asile. L'immensité de la solitude ressemble à ce siège au fond du bus qui fait la navette entre Noiraigue et Neuchâtel, les jours de pluie, aux repas à la cantine, à la chaîne de montage. L'avenir n'a pas de couleur, les jours de demain seront pareils à ceux d'hier. C'est une brûlure, mais c'est la brûlure du gel et la beauté des images se manifeste en creux.

En voix off, Dalibor lit son journal. Silvio Soldini a voulu ainsi donner un accès direct au roman. Toutefois, il ne le respecte pas totalement et en modifie même la fin pour donner un peu de couleur au film. Peut-être cela permet-il au public de respirer, en effet. Pourtant, le même public est en droit de regretter ce parti. La réussite de Soldini avec LA BRÛLURE DU VENT est d'avoir su construire une atmosphère puissante, troublante, déchirante, en dépit d'une histoire somme toute peu remarquable. Et justement, la fin modifiée du film pose le doigt sur la banalité de ce récit.





Silvio Soldini



Né à Milan, Silvio Soldini s'installe aux Etats-Unis en 1979 pour étudier le cinéma à l'Université de New York. En 1983, il tourne son premier moyen métrage en 16 mm, PAESAGGIO CON FIGURE, qui lui vaut, avec GIULIA IN OTTOBRE, la reconnaissance de nombreux festivals nationaux et internationaux. En 1984, il crée avec ses plus proches collaborateurs la société de production Monogatari. Il tourne en 1989 son premier long métrage, L'ARIA SERENA DELL'OVEST. D'autres films suivront, parmi lesquels: UN'ANIMA DIVISA IN DUE (1993), LE ACROBATE (1997) et PANE E TULIPANI (2000) qui obtient un succès international.

Geneviève Praplan