Beyto

Affiche Beyto
Réalisé par Gitta Gsell
Titre original Beyto
Pays de production SUISSE
Année 2020
Durée
Musique Benedikt Jeger
Genre Drame
Distributeur Frenetic
Acteurs Dimitri Stapfer, Burak Ates, Ecem Aydin
Age légal 10 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 857

Critique

Prix du Public aux dernières Journées de Soleure, le film de la réalisatrice Gitta Gsell explore la difficulté à tracer sa propre voie, lorsque le désir se heurte aux traditions. Et nous fait découvrir un trio de jeunes acteurs à suivre!

Un futur brillant se dessine pour le jeune Beyto (Burak Ates), employé modèle et champion de natation en devenir. Et les premiers temps de son amour pour Mike (Dimitri Stapfer, excellent), camarade de nage et entraîneur improvisé, paraissent même pouvoir occulter tout ce qui les entoure. Mais la réalité de son éducation et de son environnement - petite communauté turque oblige - va très vite prendre le dessus, ses parents le piéger dans un mariage forcé, et toutes ses illusions se fissurer. Alors, le retour en Suisse, avec son épouse et amie d’enfance Seher (Ecem Aydin), prise malgré elle dans ce piège, se présente comme un second exil, dans un monde où plus rien ne semble faire sens.

Certes, la thématique de l’homosexualité, véritable tabou en Turquie, est le fil rouge de ce récit d’un envol. Sujet déjà du livre de Yusuf Ye?ilöz, Hochzeitsflug, dont Beyto est adapté, elle a même influé sur le tournage puisqu’il a fallu, lors des scènes tournées au pays, cacher aux acteurs locaux le propos central. Mais tout ne se réduit pas à ce sujet de société: le film nous parle plus largement de la difficulté à échapper aux rôles qui nous sont imposés du dehors, par les proches, par la communauté. L’étau de cette structure implacable vient peu à peu figer chez les personnages les rires et les élans de vie qui les animaient jusque-là, les laissant souvent immobiles au sein du cadre alors que la vie semble se poursuivre autour d’eux. Il ne laisse personne intact, ni les parents, qui ont tout mis en œuvre pour «sauver» leur fils, ni surtout et bien sûr, l’amant et la femme de Beyto, forcés à leur tour d’abandonner leurs projets, leurs proches, leur vie quotidienne.

Alors, après la Turquie, après le retour forcé, il faut peut-être un troisième pays pour reconstruire une vie. A la fois symbolique et littéral, le départ vers un ailleurs, où tout est encore à inventer dit à la fois l’arrachement que représente la rupture avec la famille et la nécessité de couper - en partie - ce lien, pour exister. L’eau sert comme métaphore de ce lieu où l’on peut à nouveau se mouvoir tel qu’on souhaite être; et donne par ailleurs son décor à la plus belle scène du film. Car Gitta Gsell a eu l’intelligence de ne pas conclure son film comme un drame sans échappatoire et qu’elle laisse ainsi la jeunesse et la liberté de ses trois comédiens principaux éclater. Si leur maladresse ressurgit parfois dans les scènes de grandes tensions, ils réussissent, par leur fougue, à donner corps et cœur à cette histoire.

Adèle Morerod

Appréciations

Nom Notes
Adèle Morerod 13