Été 85

Réalisé par François Ozon
Titre original Été 85
Année 2020
Durée
Musique Jean-Benoît Dunckel
Distributeur Filmcoopi
Acteurs Melvil Poupaud, Valeria Bruni-Tedeschi, Félix Lefebvre, Benjamin Voisin
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 837

Critique

Le temps d’un film et d’un été, François Ozon dit les amours adolescentes et une fureur de vivre toujours prête à glisser vers le drame, quitte à trop jouer sur son anticipation.

Tout commence avec un bateau au nom évocateur: le Calypso. Et comme la nymphe de L’Odyssée qui retint Ulysse prisonnier de ses charmes, son propriétaire, David (Benjamin Voisin), pose son regard fauve et son dévolu sur Alex (Félix Lefebvre), dont la barque vient de chavirer. D’amis à amants, de vadrouilles en baignades, les deux jeunes garçons avalent les journées trop brèves de cet été normand. Mais derrière la fascination qu’il exerce sur Alex, David possède des zones d’ombre inatteignables, une envie de fuite en avant qui se satisfait mal de l’adoration béate et du quotidien. L’arrivée d’une jeune Anglaise entre eux va faire exploser les tensions et révéler les gouffres qui se dissimulent sous l’insouciance de la jeunesse.

     Tout commence ainsi, mais le film s’ouvre sur un après, sur la confession provocatrice d’un Alex sur le point d’être condamné. Pour quelle faute? C’est ce que le film nous cache jusqu’au bout. Construit sur des flash-back, il fait peser d’emblée sur ses protagonistes l’inexorabilité de la tragédie, à grand renfort de musique sourde. Le récit fragmentaire d’Alex, occasionné par l’enquête menée en vue du jugement, puis par sa mise par écrit, sur les recommandations de son professeur de français (Melvil Poupaud), nous laisse donc imaginer le pire. Tout comme la participation, discrète mais importante, des proches, entre rancœur et tendresse, incompréhension et complicité.

     Ozon échappe ainsi au simple film pour adolescent, empli de soleil, de passions et de jours de fête, jamais très loin du cliché. On peut alors voir un clin d’œil à La Boum, chanter du Rod Stewart et admirer l’allure très James Dean de David sans basculer dans le kitsch. Mais ne s’agit-il pas d’un écran de fumée un peu trop persistant? Le suspense maintenu autour de la faute originelle atténue la peinture des élans des personnages - pourtant magnifiés par l’utilisation du 16 mm et un talent à capter les visages. Jusqu’à aplanir, dans la dernière partie du film, des sentiments pourtant complexes et touchants, qui rendent a posteriori artificielle cette fausse mise en scène de l’horreur.

     Tant qu’à dire les étés enfuis et la douleur d’être jeune et amoureux, autant revenir vingt ans en arrière: Melvil Poupaud est adolescent, on est en Bretagne et Rohmer de nous proposer Conte d’été. Préférer la rêverie philosophique à la romance déguisée en thriller? Sans hésitation!

Adèle Morerod

Appréciations

Nom Notes
Adèle Morerod 11
Georges Blanc 8