La Vie invisible d'Eurídice Gusmão

Affiche La Vie invisible d'Eurídice Gusmão
Réalisé par Karim Aïnouz
Titre original A Vida Invisível de Eurídice Gusmão
Pays de production Brésil, Allemagne
Année 2019
Durée
Musique Benedikt Schiefer
Genre Drame, Romance
Distributeur trigon-film
Acteurs Carol Duarte, Julia Stockler, Gregório Duvivier, Bárbara Santos, Flávia Gusmão, Maria Manoella
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 825
Bande annonce

Critique

La Vie invisible d’Eurídice Gusmão porte sur les trajectoires parallèles de deux sœurs que la société patriarcale sépare et réduit à l’inexistence. En jouant sur une opposition entre les images et le récit (oral), entre la vie réelle et celle fantasmée, Karim Aïnouz signe un mélodrame réussi.

Dans le Rio de Janeiro des années 50, deux sœurs qui, malgré les liens forts qui les unissent, sont séparées par une volonté patriarcale (celle de leur père d’abord, puis celle du mari d’Eurídice). Cette décision fait suite à une première illusion amoureuse qui a mené Guida à quitter le Brésil avec son amant, avant qu’elle ne revienne chez ses parents, seule et enceinte. Reniée, elle devra se résoudre à mener une vie en marge de la société.

Par une action située, comme dans le roman à l’origine du film, au milieu du XXe siècle, les entraves à une vie émancipée en tant que femme sont d’autant plus manifestes. La place accordée, dans l’œuvre, à la lutte féminine pour adopter d’autres rôles dans la société que celui de femme au foyer a certainement participé à son obtention à Cannes du Prix Un certain regard. Malgré sa facture un peu classique, sa forme convainc également. Notamment par son récit, en voix-over, parsemé des lettres que Guida écrit à Eurídice, espérant qu’elles lui parviendront, et dans lesquelles elle projette la trajectoire glorieuse (basée sur un mensonge du père) de sa sœur en tant que musicienne accomplie à Vienne - bien loin de la réalité effective. La déception des deux sœurs, l’une frustrée de ne pouvoir rejoindre le conservatoire, l’autre tentant de survivre dans la précarité sentimentale et économique, en est d’autant plus tragique qu’elle tranche avec le destin qu’elles fantasment l’une pour l’autre.

Adoptant la forme du mélodrame, de par l’enchaînement fatal et tragique des événements et par l’importance accordée aux couleurs dans la composition du plan, le film flirte souvent avec l’excès et le larmoyant en les évitant cependant la plupart du temps. Certaines séquences sont certes de trop, une rencontre tout juste manquée, un épilogue raté qui se déroule dans les années 2000. Mais d’autres, très réussies, contrastent par leur brutalité et leur réalisme avec le genre mélodramatique, notamment lors de la nuit de noce d’Eurídice, où son premier rapport sexuel s’apparente fortement à un viol… Une image crue et des couleurs fades rendent parfaitement la violence de cet épisode, ainsi que la descente aux enfers que signe son mariage. Eurídice, comme dans le mythe, est un être invisible, une femme, que l’on ne regarde pas. Mais contrairement au mythe, ce n’est pas pour la ramener à la vie mais bien pour la maintenir dans une fonction sociale, qu’elle est contrainte d’épouser si elle ne veut pas vivre comme une paria.

Sabrina Schwob

Appréciations

Nom Notes
Sabrina Schwob 14
Serge Molla 16