De l'eau tiède sous un pont rouge

Affiche De l'eau tiède sous un pont rouge
Réalisé par Shohei Imamura
Pays de production Japon
Année 2001
Durée
Musique Shinichiro Ikebe
Genre Comédie dramatique
Distributeur filmcoopi
Acteurs Koji Yakusho, Misa Shimizu, Mitsuko Baisho, Mansaku Fuwa, Kazuo Kitamura
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 427
Bande annonce

Critique

A 74 ans, Shohei Imamura, l'un des maîtres du cinéma japonais, témoigne de sa jeunesse d'esprit. Agréable fantaisie amoureuse, De l'eau tiède sous un pont rouge est une fable moderne et drôle, triviale et poétique.

Yosuke (Koji Yakusho), la quarantaine, se retrouve sans emploi, séparé de sa femme et de son fils. Sur les conseils de son vieil ami Taro, un SDF chez qui il passe une bonne partie de son temps, il se rend dans un village éloigné, près d'une vieille maison d'où l'on peut voir un pont rouge sur une rivière. C'est là que se trouverait une jarre qui contiendrait une statue en or de Bouddha, volée dans un temple par Taro il y a une vingtaine d'années. Sur son chemin, Yosuke va rencontrer Saeko (Misa Shimizu), une femme étrange et kleptomane, séductrice sympathique mais légèrement perverse, un peu folle, qui possède le pouvoir de faire s'épanouir les fleurs, en dehors des saisons, et de faire remonter les poissons de la mer à la rivière, par l'eau qu'elle perd en torrents chaque fois qu'elle éprouve un plaisir amoureux... L'eau déborde de la maison et s'écoule dans la rivière: attirés par cette tiédeur, les poissons se rassemblent, ce qui ravit les pêcheurs...

D'eau, il en est question dans chaque plan du film ou presque. On l'entend ou on la voit. Celle de la rivière qui coule près de la cabane de Taro, celle de l'autre rivière, au pied de la maison de Saeko, celle de la mer du Japon où Yosuke, devenu pêcheur, s'en va travailler la nuit sur un chalutier, celle de Saeko surtout, qui devient une fontaine chaque fois qu'elle éprouve un plaisir charnel. Et c'est en plongeant dans cette source que Yosuke retrouvera sa vitalité et son désir de vivre.

Le film introduit bien sûr d'autres personnages hauts en couleur, passant ainsi du drame social à la tragédie amoureuse, de la gravité au comique, de la caricature à l'allégorie, en mélangeant les genres. Shohei Imamura parle du monde d'aujourd'hui et des crises qu'il traverse, aborde des problèmes d'éthique et de morale (c'est selon, chacun en jugera) et semble donner à la femme une place privilégiée dans sa réflexion ("D'où vient que les femmes sont si fortes?" s'interroge le cinéaste). Et tout cela avec un sens aigu de la narration, une qualité plastique étonnante et une musique très subtile. Avec cette fable réjouissante, Shohei Imamura adopte le ton de la comédie insolite et burlesque. L'écriture est brillante, le rythme soutenu, le film reposant aussi sur le jeu de l'actrice principale (Misa Shimizu, remarquable, déjà vue dans L'Anguille, tout comme son partenaire Koji Yakusho). Malgré une fin un peu ratée, De l'eau tiède sous un pont rouge, film poétique mipaillard mi-philosophe, témoigne, après L'Anguille (1996) et Kanso Sensei (1997), de la totale liberté de ton et de la jeunesse d'inspiration du cinéaste japonais.

Antoine Rochat

Appréciations

Nom Notes
Antoine Rochat 13
Georges Blanc 10
Daniel Grivel 15
Geneviève Praplan 18
Maurice Terrail 14