L'Eté

Affiche L'Eté
Réalisé par Kirill Serebrennikov
Titre original Leto
Pays de production Russie, France
Année 2018
Durée
Musique Roman Bylik
Genre Drame, Biopic
Distributeur Xenix
Acteurs Roman Bilyk, Irina Starshenbaum, Teo Yoo, Filipp Avdeyev, Evgeniy Serzin, Aleksandr Gorchilin
Age légal 12 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 802
Bande annonce

Critique

On parla beaucoup de L'Eté au dernier Festival de Cannes, où il fut présenté en l’absence du réalisateur, assigné à résidence dans son pays pour des raisons fiscales et judiciaires considérées comme de la censure poutinienne déguisée. De nombreuses personnalités, dont la présidente Cate Blanchett, signèrent une pétition pour sa libération.

On est un peu surpris à l’issue de la projection, car l’on croyait aller voir un biopic nous racontant la courte vie de Viktor Tsoi. Or si le film contient bien évidemment des éléments biographiques sur cet artiste fulgurant, son propos est ailleurs.

Mais qui était Viktor Tsoi? Peu connu sous nos latitudes, chanteur de rock charismatique et leader du groupe Kino, il fut une gigantesque idole pour la jeunesse soviétique des années 80 et l’un des principaux acteurs de l’émergence de la nouvelle scène rock dans un pays où, à cette époque, les disques de Bowie, de T. Rex ou de Lou Reed étaient tout juste tolérés. A sa mort dans un accident de voiture en 1990 à l’âge de 28 ans, un journal soviétique écrivait: «Tsoi est plus porteur de sens auprès des jeunes que tout politicien, célébrité ou écrivain. C’est parce que Tsoi n’a jamais menti et n’a jamais retourné sa veste. Il était et resta lui-même. Tsoi est le seul rockeur qui ne présente aucune différence entre son image et sa vie réelle, il vivait de la façon dont il chantait… Tsoi est le dernier héros du rock.»

C’est surtout sur l’insouciance et la passion dévorante de la jeunesse soviétique de ce temps que le film s’attarde, et également sur Mike Naoumenko, autre énorme idole du rock avec son groupe Zoopark, qui prit Tsoi sous son aile au début de sa carrière. Kirill Serebrennikov nous propose dès le début une mise en scène tournoyante, parfois psychédélique, mêlant musique et inserts de clips. Mais au bout d’un moment on a compris, et il est regrettable que la mise en scène n’évolue plus et se contente d’exploiter le filon. Plusieurs scènes sont très belles (celle sur la plage) et historiquement intéressantes (un concert au Leningrad Rock Club surveillé du coin de l’œil par les représentants de l’Etat). Dommage que le film s’attarde longuement par la suite sur un triangle amoureux qui prend trop de place dans le récit. Toutefois, il restitue efficacement le grand vent de liberté apporté par ces fous du rock qui se donnent corps et âme à ce qu’on peut bien appeler leur mission: faire de la musique à tout prix, malgré tout. L'Eté déborde d’énergie, est servi par un sublime noir et blanc, de bonnes idées visuelles ainsi que d’excellents acteurs. Cela permet de relativiser l’occasionnel ennui lorsque le film vire par moments à l’exercice de style répétitif, et cela au détriment du scénario. Mais il serait intéressant d’entendre l’opinion d’un ou d’une quadragénaire russe, qui aurait grandi bercé(e) par la musique de Kino et de Zoopark.

Philippe Thonney


Plongée dans les années 80, au moment où les notes de rock déferlent en Russie, au grand dam des autorités, et commencent à s’entendre en live par des groupes locaux lors de concerts for encadrés et non plus comme jusqu’ici sur les vinyles. Mais siles compositions (avec leurs textes engagés, analogues à ceux des Etats-Unis contre l’engagement militaire au Viêt-Nam) peinent à trouver leurs marques,c ’est qu’elles doivent franchir les écueils de la censure. Cette musique, rapidement perçue comme « de l’ennemi », capitaliste et contre le peuple, ne risque-t-elle pas de pervertir la jeunesse et de la détourner des valeurs prolétariennes ? Autour de Mike, musicien confirmé aux lunettes noires, gravitent sa femme Natacha et quelques jeunes espoirs en quête de notoriété, tous essayant de trouver leur propre style. Parmi eux, Victor Tsoï, guitariste et chanteur auquel Natacha n’est pas insensible, et qui tout àla fois admire et se voit conseiller par Mike. C’est le récit de cette période, sous Brejnev, où vont de pair recherches artistiques et libération des mœurs. Ainsi apparaît la genèse du groupe Kino que l’on suit dès ses premiers tâtonnements, y compris dans l’exercice de ses ruses avec la censure pour faire passer des textes présentés comme décalés et humoristiques. C’est ainsi que change le cours du rock’n’roll en Union soviétique, dans un environnement sonore fait de T-Rex, Lou Reed, David Bowie, etc., d’autant plus écoutés, voire vénérés, que dénoncés par l’Etat.

Serge Molla

Appréciations

Nom Notes
Philippe Thonney 12
Serge Molla 15
Georges Blanc 11