Capharnaüm

Affiche Capharnaüm
Réalisé par Nadine Labaki
Titre original Capharnaüm
Pays de production Liban, France
Année 2017
Durée
Musique Khaled Mouzanar, Georges Khabbaz
Genre Drame
Distributeur Filmcoopi
Acteurs Nadine Labaki, Zain Alrafeea, Yordanos Shifera, Boluwatife Treasure Bankole, Kawthar Al Haddad, Fadi Youssef
Age légal 12 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 799
Bande annonce

Critique

Prix du Jury , Prix de la citoyenneté et Prix du Jury œcuménique au Festival de Cannes

Zain est un petit garçon qui a grandi dans un taudis surpeuplé du bidonville de Beyrouth. Lorsque démarre cette histoire, son âge se situe quelque part entre 10 et 12 ans.

Ses parents ne l’ayant pas déclaré à sa naissance, il n’a ni papiers ni existence légale. Nous le découvrons au tribunal où il est jugé pour un crime inconcevable vu son âge, mais bien réel. En plus d’assumer son acte, l’enfant annonce au juge qu’il souhaite porter plainte contre ses parents pour l’avoir mis au monde. À ce moment de sa vie déjà, tout espoir est banni de son avenir. Un début suivi d’un long flash-back très copieusement gratiné, qui explique comment et pourquoi Zain en est arrivé là.

Victor Hugo en avait rêvé, Nadine Labaki l’a fait! Car cette histoire digne des Misérables n’a rien à envier, bien au contraire, à son illustre ancêtre. La réalisatrice filme avec une belle intensité ces décors naturels ahurissants, ces visages parfois bouleversants (tous les enfants choisis sont absolument incroyables) et restitue parfaitement la poussière, la cruauté et la misère ambiantes. Le scénario ne laisse pas un instant de répit: outre l’histoire de Zain proprement dite, Nadine Labaki nous montre une fillette mariée de force, un bébé qui se retrouve seul et dont Zain va devoir s’occuper (ces scènes-là sont formidables), et l’absolue hostilité du monde dans lequel doivent se débrouiller tous ces personnages.

 Le souci est qu’elle en fait trop. Par moments, sa mise en scène devient lourde, explicative, tire-larmes. C’est encore plus vrai avec la musique, omniprésente, toute de violons geignards, qui appuie inutilement la détresse ou l’horreur dans un scénario qui n’en a vraiment pas besoin. C’est un film beau et très dur qui aurait tout à fait pu se passer de ces divers soulignements.

 Le relatif happy end permet de relâcher un peu la pression et de ne pas sortir complétement hébété de la salle. La dernière image est simplement hallucinante. Un film destiné à un public sensible mais pas trop émotif, et aussi à des jurys de festivals. Cela n’a pas raté à Cannes, où Capharnaüm a obtenu trois récompenses.

Philippe Thonney


Zain, un garçon de 12 ans, est présenté devant le juge qui l’interroge : « Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? » Réponse de l’enfant : « – Pour m’avoir donné la vie. » Deux répliques et tout est dit, ou presque. Alternant scènes courtes au tribunal et flash-back, cette réalisation plonge le spectateur dans Beyrouth, ou plus précisément au cœur chaotique de la ville, aux côtés de ces familles et de ces gosses, parfois orphelins, qui survivent tant bien que mal. Tous ou presque essaient de s’en sortir et de protéger les plus faibles, à l’instar de Zain qui aimerait sauver l’une de ses sœurs cadettes d’un mariage prématuré. Toutefois, il se retrouve à la rue et bien vite en charge d’un enfant de 2 ans, fils de Rahi, une émigrée érythréenne sans papier, pour lequel il aura l’attention d’un Chaplin dans Le kid.  Conditions de logement, exploitations des propriétaires, endettements..., tout ce qui est montré est le fruit des visites de la réalisatrice dans les quartiers défavorisés de Beyrouth, dans les centres de détention et les prisons pour mineurs. Ce réalisme montre que tout est en place pour que l'avenir apparaisse comme totalement bouché, pour qu’il n’y ait aucun espoir.  C’est pourtant dans un tel environnement que Zain, qui légalement n’existe pas car lui non plus n’a pas de papier, va faire preuve d’un altruisme que l’on rêverait contagieux. Cette histoire se déroule certes à Beyrouth, mais elle concerne bien d’autres mégapoles du monde.

Ce film est un cri, mêlant celui d’une population oubliée, n’existant pas ou plus et condamnée à errer, et celui de migrants toujours repoussés, renvoyés ou contraints à rejoindre les sans noms dépourvus d’existence reconnue. L’enfant et le bébé sont si naturels que l’on croirait voir un documentaire. Il s’agit pourtant bien d’une fiction très construite, avec des échos à Slumdog Millionnaire, ce que souligne un final que l’on reprochera certainement à Nadine Labaki. L’enfance malmenée génère bien des émotions, mais si celles-ci avaient pour conséquences des prises de conscience, qui s’en plaindrait ?

Serge Molla

Appréciations

Nom Notes
Philippe Thonney 13
Serge Molla 18
Nadia Roch 15
Georges Blanc 16
Sabrina Schwob 16