Avant l'aurore

Affiche Avant l'aurore
Réalisé par Nathan Nicholovitch
Titre original Avant l'aurore
Pays de production France
Année 2018
Durée
Musique Guillaume Zacharie
Genre Drame
Distributeur Bellevaux
Acteurs David D'Ingéo, Panna Nat, Viri Seng Samnang, Ucoc Lai, Clo Mercier
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 798
Bande annonce

Critique

En deux scènes et quelques gestes, Avant l’aurore impose son personnage principal. Mirinda pour ses clients, Ben pour ceux d’avant, il est à Phnom Penh comme on est juste avant d’émerger d’un trop long sommeil: engourdi, sans but, insensible à ce qui l’entoure. Mais il n’est pas seul dans son errance.

Presque aussi importante que lui, la ville se ressent, se palpe dans et hors des limites fermées du cadre carré qu’a choisi le réalisateur Nathan Nicholovitch pour conter son histoire.

Un travesti, un lieu et autour d’eux, un monde où la dureté côtoie l’apathie, les rêves de visages parfaits grâce au botox, la pauvreté crasse des vies. Quelques figures se distinguent pourtant peu à peu, refusant au protagoniste, par leur simple présence, la possibilité de disparaître complètement dans les nuits de débauche - que ce soit Viri, jeune vendeur de nouilles (et trafiquant sur les bords) qui voue à Mirinda un attachement peu récompensé, ou Judith, amie d’un autre temps, qui traque les criminels khmers et permet ainsi à l’Histoire de se rappeler aux mémoires.

Il faudra cependant attendre le drame intime, inattendu mais nécessaire, pour que Mirinda s’éveille. Car si les atrocités du passé peuvent toujours s’oublier, celles du présent ne cessent de surgir devant lui. Cette violence s’incarne avant tout dans le personnage de Panna, petite fille prostituée qui se retrouve à sa charge, amenant peu à peu le fantôme à devenir un père. Mais tout comme les émotions, elle s’expose en silence, parfois même entre les plans. Nathan Nicholovitch choisit en effet de construire son récit par touches, sans repère temporel précis, afin de laisser l’esprit du spectateur combler les flous. L’impact n’en est que plus fort.

Ce récit, qui s’inscrit dans l’invisible ou l’inaudible, s’inscrit également dans les corps. La caméra les morcelle, les saisit dans leurs postures les plus dérangeantes, les plus banales, les plus belles. C’est la légère caresse de Judith sur son ventre tendu par la grossesse, c’est la danse traditionnelle des Khmers lors d’une fête. Mais surtout, omniprésent, inoubliable, il y a le corps de Mirinda-Ben-David D’Ingeo qui porte les stigmates de son errance. Un corps amené à se transformer au cours du film, par l’eau et par la compassion, alors que le personnage apprend à renouer avec la vie.

«De(s) représentations qui nous ressemblent, qui nous rassemblent. Des corps de tous les jours, imparfaitement humains»: voilà ce que poursuivait Nathan Nicholovitch. Et malgré l’insoutenable, malgré le sordide, c’est bien la part d’«humain» de ces êtres qui reste à l’esprit.


Adèle Morerod

Appréciations

Nom Notes
Adèle Morerod 15