Fortuna

Affiche Fortuna
Réalisé par Germinal Roaux
Titre original Fortuna
Pays de production Suisse, Belgique
Année 2018
Durée
Musique Jürg Lempen
Genre Drame
Distributeur Vega/Praesens
Acteurs Bruno Ganz, Patrick d'Assumçao, Kidist Siyum Beza, Assefa Zerihun Gudeta, Yoann Blanc
Age légal 12 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 788

Critique

Ce film s’est vu décerné lors de la récente Berlinale l’Ours de Cristal pour le Meilleur film et le Grand Prix du Jury international de Generation 14plus pour le Meilleur film.

«Je ne puis être ce que je suis appelé à être tant que mon prochain n’est pas ce qu’il est appelé à être.» Phrase forte qui pourrait accompagner ce film sensible tout en invitant son spectateur à s'élever.
Une fois n’est pas coutume, voici une œuvre tournée en noir et blanc qui aborde le drame des réfugiés à travers le regard d’une adolescente éthiopienne de 14 ans. Depuis son arrivée à Lampedusa en Italie, Fortuna (Kidist Siyum Beza) est accueillie en Suisse avec d’autres réfugiés dans un hospice à plus de 2'000m d’altitude pour passer l’hiver, sans nouvelles de ses parents. En ce lieu, dans l'attente d'une régularisation de leur sort, ils sont hébergés par une communauté de religieux catholiques.
Par son point de vue, le réalisateur vise, avant de chercher à susciter la réflexion, à faire sentir ce qu’éprouve Fortuna, prise dans un univers qu’elle ne comprend pas. Et même si bienveillance et soins l’entourent, elle peine à trouver un sommeil réparateur et à mettre des mots sur l’immense tristesse qui l’habite et les questions qui l’assaillent. Seul Kabir, un jeune réfugié africain de 26 ans, dont elle tombe éperdument amoureuse, semble la comprendre. Mais un jour, il disparaît et tous les espoirs de Fortuna avec; demeure heureusement le chanoine (Bruno Ganz), responsable de l’hospice, à l’écoute attentive.
Dans le décor âpre et silencieux du Simplon, où le rythme, lent, permet la maturation et le recueillement, Fortuna n’a d’autre option que celle de grandir, ce qui ne va pas de soi quand le passé remonte inlassablement avec son cortège de souffrance.
Ainsi, Fortuna est confrontée à des questions existentielles. Sur quoi peut-on compter? Pourquoi, malgré tant de prières, Dieu ne lui vient-il pas en aide? Pourquoi la vie vaudrait-elle la peine d’être vécue quand toutes les relations qui lui donnaient du goût ont disparu?
Du côté de la communauté catholique, les interrogations sont elles aussi bien présentes. Faut-il indéfiniment recevoir des êtres en détresse? Comment poursuivre une vie de prière et de silence alors que de fréquentes perturbations interviennent? Comment répondre aux réfugiés sur le sort qui les attend? Que signifie accueillir l’étranger comme le Christ lui-même?
Dans le temps de rencontre et de partage du chanoine avec ses frères de la communauté, Fortuna fait écho à Des hommes et des dieux, Bruno Ganz apportant une douceur analogue à celle apportée par Michael Lonsdale aux frères de Tibhirine.
Tout en retenue et délicatesse, Fortuna va à l’essentiel, en permettant de considérer la réalité à travers le regard d’une jeune éthiopienne désespérée et en s’interrogeant, par la communauté, sur les limites de l’accueil. Lorsque l’humain est en jeu, le relationnel mine les assurances du légal comme du moral, non pour les écarter définitivement, mais pour en relativiser les prétentions.
Le réalisateur, né à Lausanne, ne livre pas une œuvre bruyante, cependant d’une densité et d’une poésie peu communes. Elle est exigeante et sonne juste.

Serge Molla

Appréciations

Nom Notes
Serge Molla 16
Nadia Roch 14
Georges Blanc 15