Frères Grimm (Les)

Affiche Frères Grimm (Les)
Réalisé par Terry Gilliam
Pays de production U.S.A., Grande-Bretagne
Année 2005
Durée
Musique Dario Marianelli
Genre Fantastique, Aventure
Distributeur Metropolitan FilmExport
Acteurs Matt Damon, Monica Bellucci, Heath Ledger, Lena Headey, Roger Ashton-Griffiths
Age légal 12 ans
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 511
Bande annonce

Critique

"Terry Gilliam revisite, à sa façon, l'univers des Contes de Grimm. Un spectacle qui écrase plus qu'il ne convainc.

Le cinéaste Terry Gilliam a toujours affectionné les mondes historico-fantastiques (LE BARON DE MUNCHHAUSEN), les univers cauchemardesques (BRAZIL) ou les fables contemporaines décalées (LE ROI PÊCHEUR). Après l'échec de LAS VEGAS PARANO (1998), film déjanté et mal fichu, le cinéaste s'est lancé, il y a cinq ans, dans la réalisation de L'HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE, projet tôt disparu dans une tempête balayant tous les décors, au sud de l'Espagne (le documentaire LOST IN MANCIA reste un témoignage de ce fiasco financier). Il aura donc fallu attendre sept ans pour retrouver, sur nos écrans, un film du cinéaste britannique. Une attente d'ailleurs déçue: le monde fabuleux emprunté aux frères Grimm est plus étouffant que séduisant, plus écrasant que convaincant.

Terry Gilliam a délibérément choisi de s'affranchir de tout ce que l'on sait de la vie des deux conteurs allemands, en s'inspirant très librement de leurs contes. Wilhelm Grimm (Matt Damon), le cynique, et son frère Jacob (Heath Ledger), le rêveur, deviennent des voyageurs qui, de village en village, se chargent de délivrer leurs habitants de tous les lutins, de toutes les sorcières qui leur empoisonnent l'existence. Sans lésiner sur les moyens, ces ""spécialistes"" n'hésitent pas à monter des arnaques, à user d'ingénieux stratagèmes et d'impressionnantes mises en scène pour extorquer de l'argent à leurs clients. Leur manège lucratif sera découvert par Delatombe, un officier de l'armée napoléonienne - on est en 1796, dans une Allemagne occupée par les Français -, qui les mettra en prison avant de leur offrir un moyen de se racheter: plusieurs fillettes ont en effet disparu dans la région et l'on a tout lieu de penser qu'il s'agit plutôt d'un acte criminel que de sorcellerie...

De l'héritage littéraire des frères Grimm, Terry Gilliam restitue quelques scènes. On croisera donc le Petit Chaperon rouge, Hansel et Gretel, la Belle au bois dormant et bien d'autres encore. Les références sont multiples, mais ne sauvent pas le film d'un amphigouri narratif mêlant l'imaginaire (celui des contes) au monde réel (l'Allemagne du début du XIXe siècle), en passant encore par les inventions farfelues du cinéaste. Inutile de chercher un véritable fil conducteur dans tout cela, il ne reste qu'à se laisser entraîner par le flux des images qui - Terry Gilliam possède certes un remarquable sens visuel - sauvent de temps à autre l'entreprise.

Cette surenchère dans le fantastique et le rocambolesque finit pourtant par lasser. La tonalité du film reste lugubre, et de ce monde étrange et magique se dégage une impression d'étouffement. Inutile d'ajouter que la poésie fait bien souvent les frais de la transposition en images, et que l'on plonge beaucoup plus dans un monde luxuriant et oppressant qu'on ne côtoie l'univers du merveilleux. LES FRERES GRIMM regorge de monstres hideux, d'arbres rampants, de loups rôdant dans l'obscurité et d'insectes grouillants. Un spectacle qui, soit dit en passant, ne s'adresse guère aux tout petits enfants...

Si l'on trouve par-ci par-là quelques touches de l'humour des Monty Python, le mélange ne prend jamais. Le film reste une aventure chaotique, et le rythme en souffre. Les deux frères finiront par se prendre les pieds dans ce monde surréaliste assez glauque. Radicalement opposés dans leur manière de vivre, ils verront leurs rapports fraternels se compliquer encore par l'amour qu'ils portent tous deux à la belle Angelika (Lena Heady), chasseresse indépendante et farouche peu disposée à se laisser séduire. Quant à Monica Bellucci, en Reine du Miroir aspirant à la beauté éternelle, elle ne fait qu'une brève apparition sans parvenir à dépasser son rôle d'icône.

Tout ce beau monde - faut-il l'ajouter? - manque furieusement d'humanité."

Antoine Rochat