Citoyen d'honneur

Affiche Citoyen d'honneur
Réalisé par Gastón Duprat, Mariano Cohn
Titre original Ciudadano Ilustre (El)
Pays de production Argentine
Année 2016
Durée
Musique Toni M. Mir
Genre Comédie
Distributeur xnix
Acteurs Oscar Martinez, Dady Brieva, Andrea Frigerio, Nora Navas, Manuel Vicente
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 765
Bande annonce

Critique

Une bonne comédie fait réfléchir autant que rire. Dans Citoyen d’honneur, Gastón Duprat et Mariano Cohn partent de la célébrité pour toucher beaucoup plus large. Caustique, burlesque, voire cynique, leur film est la satire d’un phénomène social qui touche tout le monde.

Récompensé par le Prix Nobel de littérature, Daniel Mantovani (Oscar Martinez) a pris l’habitude de refuser toutes les invitations qu’on lui adresse du monde entier. Jusqu’au jour où, une lettre de Salas, le fait réfléchir. Salas, en Argentine, est son village natal; on veut l’y nommer citoyen d’honneur… Pourquoi pas? A la cinquantaine, l’écrivain est happé par les souvenirs et se décide à retrouver les lieux de son enfance.

La notoriété d’une personne rejaillit sur ses proches et chacun veut en profiter. A Salas, tout est prévu pour honorer l’enfant prodige et s’honorer soi-même. La fable montre les habitants de la petite ville - chacun dans son rôle et, avec son histoire - face à l’occasion unique de briller ou d’obtenir quelque chose. Mais que peuvent-ils offrir ? Ils n’ont pas suivi «leur» écrivain, n’ont même pas lu ses livres, ne sont là que pour profiter de son aura. Dans pareille bourgade, on n’est guère nourri que par la télévision et l’éventuel bal du dimanche. Les cérémonies de l’accueil y sont touchantes de puérilité et de maladresse.

Les réalisateurs argentins proposent un premier constat: le fossé qui sépare la ville de la campagne est immense, l’ignorance peut se faire cruelle dans la seconde. Pourtant, l’écrivain n’est pas sans défaut, lui qui, mal à l’aise face à l’amateurisme des édiles locales, se laisse vite emporter par des réactions presque arrogantes et finit par déconcerter ses plus proches amis.

Dès lors, un autre constat est celui de la diversité des évolutions. Vivant à l’étranger, multipliant les rencontres, Mantovani a énormément changé; pas le village où il est né qui s’est endormi dans son train-train. Le temps émousse ce qu’il y a de dur dans les souvenirs et les imprègne de douceur. Mais, comme l’écrivain ne retrouve pas ce qu’il croyait connaître, il en devient amer.
Et puis s’impose aussi la place du réel dans la fiction; le réel a beau inspirer constamment la fiction, il y perd toujours de sa vérité. Vouloir le retrouver à tout prix est une recherche fondamentalement biaisée, tant pour l’écrivain que pour ses lecteurs. Les frustrations qui en résultent minent la rencontre de Mantovani avec sa petite ville.

Bien menée, entre la subtilité du propos et le burlesque des situations, Citoyen d’honneur réjouit autant qu’il navre par sa justesse.  Et si certains citoyens de Salas se montrent pathétiques,  on sait bien que d’autres citoyens, ailleurs dans le monde, ne feront guère mieux. Seules la curiosité intellectuelle et la connaissance peuvent changer les choses, démontrent Gastón Duprat et Mariano Cohn.

Geneviève Praplan