Ma Loute

Affiche Ma Loute
Réalisé par Bruno Dumont
Pays de production France, Allemagne
Année 2016
Durée
Genre Comédie dramatique
Distributeur praesensfilm
Acteurs Valeria Bruni Tedeschi, Juliette Binoche, Fabrice Luchini, Jean-Luc Vincent, Brandon Lavieville
Age légal 12 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 747
Bande annonce

Critique

On n’aura jamais autant parlé de Bruno Dumont que ces dernières semaines. L’homme est un créateur, ce qui semble incompatible avec médiatisation et popularité. Cinéaste exigeant, singulier, filmant pour s’exprimer et non pour plaire, il aura finalement réussi sa rencontre avec le public par l’intermédiaire de sa série télévisée, P’tit Quiquin (diffusée sur Arte en 2014). Le voici qui présente une nouvelle histoire du Nord-Pas de Calais, son pays. C’est peu dire qu’il n’y a aucun rapport avec les plaisanteries convenues sur les Ch’tis.

Ma Loute (Brandon Lavieville) est un adolescent brutal, comme est brutale sa famille de gagne-petit, des pêcheurs de moules. Le vingtième siècle vient de commencer. La vie est rude pour les miséreux, l’industrie a enrichi les bourgeois. Ceux-ci (Fabrice Lucchini et Valeria Bruni-Tedeschi) viennent de Roubaix; ils ont bâti une maison effarante dans la baie de la Slack, entre Boulogne et Calais. Ils y viennent à la belle saison avec leurs enfants, rameutant sœur (Juliette Binoche) et beau- frère (Jean-Luc Vincent). Les Van Peteghem sont au complet.

Le moment est favorable à la famille de Ma Loute; elle y trouve un petit gain en aidant les riches à traverser la baie - éclairante métaphore sur le tourisme. Or, cet été-là est baigné d’angoisse. Des disparitions de riches ont été signalées, le mystère est complet. Cherchent à le percer l’inspecteur Machin  (Didier Despres) et son adjoint (Cyril Rigaux), dont on ne sait trop s’ils rappellent Laurel et Hardy ou Dupond et Dupont.

Pendant une bonne partie du film, les Van Peteghem ignorent tout de l’enquête. Bruno Dumont affranchit beaucoup plus tôt les spectateurs. Les coupables sont à chercher du côté des pêcheurs de moules, prêts à tout contre la bourgeoisie tant ils la haïssent. D’où une autre métaphore, terrible: l’anthropophagie pour illustrer la lutte des classes.

Ainsi se mettent en place des affrontements légitimes. L’étalage du parvenu contre la misère crasse des plus humbles. L’éducation des premiers contre la bestialité des seconds. La condescendance explicite contre la rage implicite. La vulgarité contre la grossièreté, au fond.

Le couple de policiers fait le lien entre les deux castes, clowns incompétents. Ainsi, les grandes tendances sociales sont-elles réunies dans une caricature puissante qui va finir par mettre en avant non pas les différences, mais les ressemblances. Car, c’est connu, les extrêmes se rejoignent. Et dans ses artifices, le bourgeois frise la sottise, abâtardi qu’il est par une succession de mariages utiles à l’enrichissement des familles.

Dumont qui, pour la deuxième fois (voir Camille Claudel 1915, avec Juliette Binoche), emploie des comédiens professionnels, les place tous du côté des riches et les déforme. Lucchini en particulier, rendu méconnaissable par le grimage et l’attitude. Cela dit, les amateurs sont toujours là, du côté de la racaille de pêcheurs, avec son patois incompréhensible.

A tout cela s’ajoute le mysticisme dont le cinéaste a toujours été un observateur acéré. Et l’on a réellement fait le tour des malaises de notre temps. Drôle peut-être, déconcertant souvent, formidable au sens premier du terme, le nouveau film de Bruno Dumont contient différentes lectures qui, toutes, engagent à un certain pessimisme. N’est-ce pas la mission de l’artiste que de rappeler les avatars de son temps?

Geneviève Praplan


Eté 1910, baie de Slack, dans le Nord de la France, c’est  l’époque où les couches sociales se côtoient sans se mélanger. Une famille aisée vient passer un temps de villégiature dans cet endroit qui n’attire pas encore les foules, mais où quelques disparitions ont récemment surpris. Deux policiers, genre Dupont-Dupont mélangé à Laurel et Hardy, enquêtent et révèlent l’absurdité des cloisonnements sociaux.

Tout serait convenu si l’ensemble ne glissait pas avec bonheur en direction du loufoque et du déjanté qui évoquent la bande dessinée où l’inspiration ne se borne pas aux frontières du réel. Ainsi ce film tient par un scénario où l’humour, le fantastique et le gore s’entremêlent étrangement, tout en offrant à d’excellents comédiens des rôles inattendus. FabriceLuchini marche à la manière d’Aldo Macchione – sauf lorsqu’il retrouve (volontairement) lui-même –, Juliette Binoche et Valeria Bruni-Tedeschi campent de parfaites femmes potiches dont la légèreté ne tient à pas à leur conduite. Et si l’un des jeunes comédiens apparaît tantôt en jeune fille, tantôt en adolescent, n’est-ce pas pour mieux signifier que le mélange des genres  peut déboucher sur la véritable création, susceptible d’ouvrir des pistes inédites ? Indices que les deux policiers hors pair invitent à suivre.

Serge Molla

Serge Molla

Appréciations

Nom Notes
Serge Molla 14
Geneviève Praplan 18
Georges Blanc 17
Anne-Béatrice Schwab 17