Leviathan

Affiche Leviathan
Réalisé par Andreï Petrovitch Zviaguintsev
Pays de production Russie
Année 2014
Durée
Musique Philip Glass
Genre Drame
Distributeur cineworx
Acteurs Alexeï Serebriakov, Elena Liadova, Vladimir Vdovitchenkov, Roman Madianov, Anne Oukolova
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 709
Bande annonce

Critique

Non, ce film n’est pas un péplum biblique ou mythologique sur l’Ange du Chaos, ni un film d’horreur sur un serpent géant du fond des mers, pas plus qu’un remake d’un mauvais scénario de science-fiction. Ce Leviathan est une chronique profonde, dure et à échelle humaine d’une famille vivant dans l’actuelle Russie.
Kolia (Alexeï Serebriakov) vit une vie modeste dans une petite maison située au bord de la mer de Barents, avec son fils et sa seconde femme, Lilia (Elena Liadova), travaillant épisodiquement comme mécanicien. Leur vie, sans être facile, serait au moins relativement tranquille sans le fameux Leviathan qui, dans leur cas, est le maire de la petite bourgade, Roman Madianov. (Vadim Cheleviat). Un personnage vil, alcoolique, puissant et parfaitement haïssable, qui s’acharne par tous les moyens à déloger ces gens de leur maison et leur voler leur terrain. N’ayant que leur ami avocat Dmitri (Vladimir Vdovitchenkov) face à la puissance, les intimidations et l’argent de leur adversaire, Kolia et les siens vont tout faire pour faire valoir leurs droits et résister au monstre.
La première heure, sans aucune fausse note, est tout simplement éblouissante. En plus des superbes paysages, les personnages sont remarquablement dessinés et touchants, dans leur vie quotidienne, leurs peurs, leurs espoirs, leurs petites joies et leurs combats. Certaines scènes sont incroyablement tragi-comiques, comme une fête d’anniversaire pathétique et, surtout, les lectures des verdicts au tribunal. A mi-parcours arrive un nouvel élément, l’adultère, qui fait poindre quelques craintes. Celles que les scénaristes, croyant enrichir encore un scénario qui ne semble pas en avoir besoin, fassent bifurquer le film dans une toute autre direction, moins intéressante. Craintes vaines: la dernière partie garde le cap, et l’on suit avec passion l’itinéraire de ce Job moderne qu’est Kolia dans sa lutte pratiquement perdue d’avance, et les conséquences que cela a sur lui et ses proches.
Le film n’est en aucun cas frontalement politique ou revendicateur, il parle des individus et de la vie quotidienne avant tout. Les personnages secondaires, eux aussi magnifiquement dessinés et importants, font également de cette histoire une chronique humaine. Toutefois, quelques allusions discrètes (un portrait de Vladimir Poutine au dessus de la tête du Léviathan, un tag des Pussy Riots dans la ruelle où le héros se laisse aller au désespoir) ancrent un peu plus le film dans la réalité russe contemporaine et nationale. Quand aux surprenantes dernières images, que nous ne dévoilerons pas ici, lourdes de sens et de symboles, elles font remonter à des temps immémoriaux cette lutte universelle pour la survie et l’honneur.
Leviathan, malgré ses 2 heures 20, n’est jamais redondant ou ennuyeux. C’est une œuvre profonde, dure et très belle. Le jury du dernier Festival de Cannes lui a décerné le prix du scénario. Peut-être aurait-il dû aussi réfléchir à un prix de la photographie, et à des récompenses pour les acteurs, tous merveilleux, avec mention spéciale pour la comédienne Elena Lyadova.

Philippe Thonney

Appréciations

Nom Notes
Philippe Thonney 18
Georges Blanc 14
Daniel Grivel 18
Geneviève Praplan 20
Antoine Rochat 18
Anne-Béatrice Schwab 19
Serge Molla 17