Después de Lucía

Affiche Después de Lucía
Réalisé par Michel Franco
Pays de production Mexique, France
Année 2012
Durée
Genre Drame, Famille
Distributeur agorafilms
Acteurs Tessa Ia, Hernán Mendoza, Gonzalo Vega Sisto, Tamara Yazbek Bernal, Francisco Rueda
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 6567
Bande annonce

Critique

Depuis que Roberto est veuf, il peine à s’occuper de sa fille Alejandra de 15 ans qu’il aime pourtant profondément. Pour changer d’horizon, tous deux vivent désormais à Mexico. C’est au sein de sa nouvelle école qu’Alejandra va subir toutes sortes de brimades graves dont elle ne parlera pas à son père, pressentant la dépression dans laquelle ce dernier s’enfonce progressivement. Mais humiliations et abus psychologiques et sexuels se succèdent et conduisent à l’éloignement respectif du père et de sa fille. Jusqu’au jour où Alejandra disparaît… Michel Franco ne souffre d’aucune naïveté quant à la solidarité entre jeunes. Il dose subtilement ses séquences et fait ainsi monter une troublante tension. Il en dit long également sur la difficulté d’une société à réguler les nouveaux moyens de communication, à éduquer ses utilisateurs non pour leur dispenser quelque morale, mais pour les rendre adultes quant à la portée de leurs gestes. Lorsqu’une souffrance émotionnelle, comme celle que peuvent engendrer un deuil ou une disparition, atteint son paroxysme, le pire est à craindre. Et la démonstration s’avère ici implacable, et ce d’autant plus qu’elle est servie par certaines séquences dont la beauté a la froideur de la mort.

Serge Molla



Un mystérieux conducteur - on ne découvrira son visage que plus tard - abandonne sa voiture à un carrefour. Une jeune fille - on la croise lors d’un bain de mer - va le rejoindre peu après, mais on n’en sait guère plus sur eux. Les dialogues sont rares et l’intrigue mettra du temps à se préciser: Roberto (Hernán Mendoza), le conducteur, et Alejandra (Tessa Ia), sa fille de 15 ans, s’installent à Mexico, dans un nouvel appartement, sans qu’on sache pourquoi. Le cinéaste mexicain Michel Franco ne distille ses renseignements qu’au compte-gouttes, utilisant souvent l’ellipse, et sollicitant le spectateur dans la reconstitution des faits.

Dans les premières séquences, Roberto paraît dépressif. Chef cuisinier, il cherche un nouvel emploi, mais l’abandonne dès qu’il l’obtient, en dépit des conseils de sa fille. Celle-ci, affectueuse, semble au contraire bien dans sa peau et elle se fera rapidement des amis dans son nouveau lycée.

L’histoire va brutalement basculer quand la naïve et imprudente Alejandra accepte de coucher avec un garçon qui en profite pour filmer leurs ébats amoureux avec son téléphone portable: la vidéo va circuler sur les réseaux sociaux et Alejandra deviendra la personne à éviter, puis le souffre-douleur de ses camarades. La méchanceté des adolescents se déchaînera sur elle sans aucune retenue: allusions obscènes, humiliations, cruauté et violence, tout va contribuer à la détruire. A son tour, elle tombera en dépression.

DESPUES DE LUCIA porte un regard sombre sur le monde. La description que fait le cinéaste de l’attitude des camarades d’Alejandra, dans de longs plans-séquences et plans fixes, touche à l’insupportable. L’utilisation abusive et infantile des portables et des appareils d’enregistrement (photos et vidéo) est mise en évidence, tout comme l’absence complète d’une réflexion sur le sens des responsabilités, sur certaines valeurs morales.

L’optimisme n’est pas de rigueur dans le film. L’auteur de la vidéo paiera le prix fort, et l’harmonie familiale qui semblait bien fonctionner entre père et fille s’en ira à vau-l’eau. Chacun se retrouvera seul, dans la silence, comme enfermé dans un espace clos.

Long métrage remarquablement maîtrisé dans son écriture - il a obtenu le Prix Un certain regard à Cannes 2012 -, DESPUES DE LUCIA est un film sans concession.

Antoine Rochat

Antoine Rochat

Appréciations

Nom Notes
Georges Blanc 11
Daniel Grivel 13
Serge Molla 14
Nadia Roch 15
Antoine Rochat 13
Anne-Béatrice Schwab 12