The Lady

Affiche The Lady
Réalisé par Luc Besson
Pays de production France, Grande-Bretagne
Année 2011
Durée
Musique Eric Serra
Genre Biopic, Drame
Distributeur EuropaCorp Distribution
Acteurs Michelle Yeoh, Benedict Wong, David Thewlis, Htun Lin, Jonathan Woodhouse
Age légal 12 ans
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 648
Bande annonce

Critique

Luc Besson est connu pour être un spécialiste du film d’action. C’est donc avec une curiosité mêlée d’inquiétude qu’on l’attendait, sur un tout autre terrain, avec THE LADY, film consacré à la vie de la dissidente birmane Aung San Suu Kyi. On pourra faire des critiques au film, mais il tombe bien: Suu Kyi vient d’annoncer son come-back politique.

Ses compatriotes l’appellent aujourd’hui «Madame» (ou la Dame du Lac). Principale opposante à la junte militaire qui est au pouvoir depuis 1962, Aung San Suu Kyi a fait de l’avènement de la démocratie dans son pays le combat de toute une vie. Depuis sa victoire - contestée et annulée par les militaires - aux élections de 1990 et son Prix Nobel de la Paix l’année suivante, elle a passé plus de quinze ans privée de liberté, sans contact (ou presque) avec l’extérieur. Elle n’abandonnera pourtant jamais la lutte. En 1999, elle renoncera à se rendre en Angleterre au chevet de son mari Michael, atteint d’un cancer, de crainte de ne plus pouvoir revenir en Birmanie: elle ne le reverra donc pas et ne retrouvera ses enfants Alex et Kim qu’après sa libération, dix ans plus tard, en novembre 2010.

C’est sans doute le caractère bien trempé, la détermination sans faille et le courage extraordinaire de Suu Kyi (Michelle Yeoh, très ressemblante, et au jeu retenu) qui ont amené Luc Besson à s’intéresser à cette femme hors du commun. Mais avec une orientation bien précise, celle de donner priorité à la femme, à l’épouse et à la mère de famille, plutôt qu’à la dirigeante politique ou aux détails de sa lutte contre les militaires. Le père de Suu Kyi, qui s’était battu pour une Birmanie (ancienne colonie britannique) libre et démocratique, fut assassiné en 1947. Sa fille - elle n’avait que 2 ans à l’époque - décidera à la fin des années 80 de reprendre le flambeau et de sacrifier sa vie privée au nom des mêmes idéaux que son père (liberté d’expression, démocratie, droits de l’homme, changement social).

THE LADY est ponctué de séquences où le pouvoir militaire révèle son vrai visage: les «méchants» se bousculent donc et plusieurs scènes sanglantes sont présentes dans le film, même si celui-ci s’attache avant tout aux pas de Suu Kyi, à partir du jour où elle quitte l’Angleterre pour Rangoon, en 1988, appelée au chevet de sa mère malade. Très vite, et comme les autorités la soupçonnent de défendre les mêmes idées démocratiques que son père, elle sera assignée à résidence. Son mari Michael (excellent David Thewlis) et ses enfants feront des allers et retours pour aller la voir, le père assurant l’éducation des deux fils (le rôle déterminant de Michael, dans le combat entrepris par sa femme, est bien mis en évidence dans le film).

Il y a sans doute des lacunes dans THE LADY. On ne peut certes pas raconter en deux heures plus d’un demi-siècle d’histoire birmane. Mais rien, ou presque rien, n’est dit par exemple sur ce qui a permis à Suu Kyi, seule et assignée à domicile pendant des années, de tenir le coup aussi longtemps, qu’il s’agisse de ses occupations, de ses lectures, de ses recherches spirituelles (Gandhi, Luther King, le bouddhisme, la non-violence, etc.) Suu Kyi est manifestement une personnalité politique inspirée par une certaine foi, et elle se réfère à une forme d’éthique révolutionnaire: «Sans une révolution spirituelle, dit-elle (in Freedom from Fear), les forces productrices des injustices de l’ordre ancien conserveront leur efficacité…» Tout cela n’apparaît guère dans le film de Luc Besson.

Le réalisateur a mis l’accent ailleurs et s’en tient avant tout au fil conducteur des relations internes à la famille. Ce qui est respectable, mais se fait au détriment d’une meilleure connaissance du contexte historique et politique du Myanmar actuel. Certains événements sont bien replacés - les manifestations et la terrible répression de 1988, le fameux discours de Suu Kyi de la Pagode Schwedagon (devant plus d’un demi-million d’auditeurs) en août de la même année, la formation, dans la foulée, du NLD (National League for Democracy), le Prix Nobel de la Paix, les élections «volées» de 1999, les pressions politiques exercées par l’Occident sur le régime militaire, etc. Ces séquences sont intéressantes, mais dans beaucoup d’autres en revanche on ne distingue pas toujours ce qui, politiquement parlant, sous-tend l’événement (manifestations d’étudiants, ou celles des moines bouddhistes en 2007, par ex.)

Le récit de THE LADY se suit sans peine, priorité étant donnée à une évocation familiale parfois longuette (certaines ellipses auraient été les bienvenues). A noter aussi une tendance à «surligner» la signification de certains plans ou séquences par une bande-son musicale peu discrète déployant un effet volontairement multiplicateur d’émotion. THE LADY reste ainsi un long (oui!) métrage destiné à un large public, un film un peu mélo parfois, mais qui a le mérite d’être une première et bonne approche d’un destin tout à fait exceptionnel qui rejoint aujourd’hui l’actualité.

Note: 11

Antoine Rochat