Présumé coupable

Affiche Présumé coupable
Réalisé par Vincent Garenq
Pays de production France
Année 2011
Durée
Genre Drame
Distributeur Mars Distribution
Acteurs Philippe Torreton, Noémie Lvovsky, Michelle Goddet, Wladimir Yordanoff, Raphaël Ferret
N° cinéfeuilles 642
Bande annonce

Critique

Survenue il y a de dix ans, l’affaire d’Outreau, en France, a mis en cause une douzaine de personnes, suspectées d’actes de pédophilie qu’elles n’avaient jamais commis, et les a broyées. Après un passage en prison, les accusés devront attendre leur procès en appel en décembre 2005 pour être enfin acquittés et tenter de reconstruire leur vie. Parmi eux, Alain Marécaux, huissier de justice, qui a tout perdu en l’espace de quelques mois: la liberté, sa femme, sa mère, morte de chagrin, le droit de voir ses enfants, son étude d’huissier, sa maison et bien sûr sa réputation. Il a raconté sa descente aux enfers dans Chronique de mon erreur judiciaire, que le réalisateur Vincent Garenq a choisi d’adapter au cinéma avec la plus grande sobriété.

«Avant de lire le journal qu’Alain Marécaux a tenu en prison, je croyais connaître l’affaire d’Outreau, en réalité je n’en savais rien», avoue dans une interview à Paris Match le réalisateur qui s’est attaché à retracer en plans serrés et en lumière naturelle, le calvaire de cet homme innocent (incarné par Philippe Torreton, bouleversant) face à une machine judiciaire implacable, incarnée par un juge d’instruction zélé et peu perspicace, qui semble ignorer la présomption d’innocence et ne s’encombre pas de preuves. Vincent Garenq réussit à nous faire passer par toute une gamme d’émotions grâce à des plans serrés, filmés avec une lumière naturelle qui souligne la grisaille désespérante de l’enfermement, tout cela sans pathos ni musique: on se sent peu à peu enfermé, on est pris de colère, on passe de l’indignation à la révolte et au sentiment désespérant d’impuissance, on glisse avec Philippe Torreton dans la résignation et le désespoir. Pour se plonger dans le calvaire qu’a vécu Alain Marécaux, Philippe Torreton n’a pas hésité à perdre vingt-sept kilos afin d’être aussi squelettique que son personnage après une grève de la faim de nonante-huit jours. Il apparaît décharné, le visage gris, les yeux enfoncés, éteints. On pense fugacement aux images des fantômes humains découverts à Auschwitz. L’acteur français tient là un de ses rôles les plus marquants.

Vincent Garenq a réussi un film-vérité coup de poing qui fait réfléchir à la justice, au respect, bien fragile, des droits fondamentaux de tout accusé et à la pernicieuse médiatisation à outrance qui formate l’opinion sans aucune preuve.

Note: 16