Illégal

Affiche Illégal
Réalisé par Olivier Masset-Depasse
Pays de production France, Belgique, Luxembourg
Année 2010
Durée
Musique André Dziezuk, Marc Mergen
Genre Drame
Distributeur Haut et Court
Acteurs Esse Lawson, Anne Coesens, Alexandre Golntcharov, Gabriela Perez, Christelle Cornil
Age légal 12 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 615
Bande annonce

Critique

Tania et Ivan, son fils de 14 ans, sont russes et vivent clandestinement en Belgique depuis une dizaine d’années. Sans cesse sur le qui-vive, Tania redoute les contrôles de police jusqu’au jour où elle est arrêtée. Mère et fils sont séparés. Tania est internée dans un centre de rétention. Elle va tout faire pour retrouver son fils mais n’échappera pas pour autant aux menaces d’expulsion.

Quel habitant de Belgique dans le cas particulier, mais aussi de chez nous et finalement de toute l’Europe de l’Ouest, ne se sent-il pas interpellé par la question de l’immigration? La réussite et l’impact de ce film tiennent au fait que le réalisateur a fait le choix d’une fiction pour évoquer ce thème. C’est par le biais du portrait d’une mère s’efforçant de garder son fils auprès d’elle que l’existence mouvementée des sans-papiers est mise en évidence. Et si l’on dit clandestinité, on sous-entend bien sûr répression. D’ailleurs, le film n’évite pas un certain manichéisme. Mais les policiers ne sont-ils pas eux aussi coincés dans ce système pervers?

Cela dit, c’est bien une «mère courage» qui est au centre de cette fiction. Une femme qui ne désire qu’une seule chose: s’intégrer, vivre en paix, construire un avenir pour son fils. Dans ce rôle, une actrice exceptionnelle, Anne Coesens. Elle évite le pathos, elle parle peu, tout passe par le corps, les regards. Elle force l’admiration.

Georges Blanc


C’est le cinéaste belge Olivier Masset-Depasse qui le dit: «Les centres de rétention administrative - censés respecter les Droits de l’homme - sont ‘illégaux’ dans nos pays. La grande majorité des sans-papiers détenus sont accueillis et traités comme des criminels.» On est en Belgique, mais la situation et les procédés employés renvoient à d’autres pays. Au nôtre en particulier, qui reconnaît rapatrier chez eux, bon an mal an, plus de quatre cents requérants d’asile.

Russe d’origine, Tania vit clandestinement dans une ville belge avec son fils de 14 ans. Elle est exploitée par un «boss», russe aussi, qui lui refile de faux papiers tout en lui extorquant de l’argent. Alors qu’elle travaille comme nettoyeuse, elle est arrêtée et placée dans un centre de rétention. Illegal va s’attacher à la destinée de cette femme qui refuse de livrer son nom et de se laisser renvoyer en Russie.

Le réalisateur a mené son enquête avec la complicité d’un journaliste: «J’ai voulu montrer ce que nous faisons endurer à ces gens pour qu’ils rentrent chez eux. (…) On a souvent été sur le terrain, à la rencontre non seulement des sans-papiers, mais aussi des policiers et des gardiens. On a réussi à entrer dans un centre, ce qui était important.»

Illegal n’est pas un long métrage à thèse, et ne tombe pas dans le manichéisme. Le film garde un côté documentaire qui donne poids et crédibilité au propos. La description du centre, très réaliste et parfois crue, met en évidence la tension quotidienne (due au désœuvrement), ainsi que les accrochages entre gardiens et détenus, et l’entraide - ou les coups tordus - entre les prisonniers de toutes nationalités. La lenteur du film est souvent cassée par un montage adroit, par des accélérations inattendues (interrogatoires, tentatives d’embarquement en avion par la force, violences dans le centre).

La critique sociale, très claire, sert de toile de fond à cette histoire d’une mère séparée de son fils et qui brave tous les dangers pour le retrouver. L’actrice belge Anne Coesens prête son talent au personnage de Tania, jeune femme qui vit seule, qui souhaite travailler, s’intégrer, vivre en paix et se construire un avenir. Une sorte de mère courage traquée, souvent muette ou obligée de mentir pour survivre. Le film cerne au plus près ce personnage, se focalise sur son combat, évite toute dispersion, tout glissement vers trop de pathos, tout en dénonçant avec une certaine sécheresse les dérives d’un système. Illegal ne changera pas le monde bien sûr, mais on espère pour le moins qu’il incitera au débat. Tout spécialement dans notre pays qui doit se prononcer sur ces questions à la fin du mois…

Antoine Rochat

 

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Appréciations

Nom Notes
Georges Blanc 17
Antoine Rochat 13