Mr. Nobody

Réalisé par Jaco Van Dormael
Pays de production France, Belgique, Canada, Grande-Bretagne
Année 2009
Durée
Musique Pierre Van Dormael
Genre Fantastique, Science fiction, Drame
Distributeur Pathé Distribution
Acteurs Jared Leto, Sarah Polley, Diane Kruger, Linh-Dan Pham, Rhys Ifans
Age légal 12 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 606
Bande annonce

Critique

Il n’est pas facile de raconter MR. NOBODY. C’est une histoire complexe, que Jaco Van Dormael a voulue telle. «Je parle de la complexité, à travers le cinéma qui est simplificateur. Alors que la réalité qui nous entoure est de plus en plus complexe, l’information est de plus en plus succincte. C’est la complexité qui m’intéresse. Pas les réponses simples qui sont forcément fausses.»

C’est donc à découvrir la complexité de la vie de Nemo que le réalisateur belge convie son public. Nemo à 5 ans (Noa de Constanzo), Nemo à 9 ans (Thomas Byrne), Nemo à 15 ans (Toby Regbo), Nemo adulte (Jared Leto). A toutes ces étapes de sa vie et à bien d’autres encore, Nemo est confronté à des choix. Parfois, il n’a qu’une alternative, parfois plusieurs possibilités s’offrent à lui. Le plus difficile, le plus déchirant, le plus déterminant aussi est celui que lui impose le divorce de ses parents. Devra-t-il vivre avec son père (Rhys Ifans)? Ou avec sa mère (Natasha Little)?

Jaco Van Dormael explore les conséquences de ces choix, ce qui procure plusieurs existences à Nemo. Selon que celui-ci reste avec l’un ou l’autre de ses parents, son quotidien s’en trouve profondément changé. Pour le cinéaste, le travail d’écriture et de réalisation réclamait une rigueur sans faille. Il a utilisé sa caméra de manière spécifique selon les moments de la vie de Nemo. Beaucoup de hors-champ, par exemple, lorsque son personnage vit avec Jeanne (Linh-Dan Pham), cette femme épousée par dépit. Beaucoup de distance lorsque la compagne est Elise (Sarah Polley), dépressive, qui se languit en marge de sa famille. Beaucoup de chaleur, de fusion, quand l’aimée est Anna (Diane Kruger).

Il aura fallu sept ans au réalisateur pour terminer le scénario, un an pour monter le film, mais il en a maîtrisé les séquences. Toutes, sauf celles de l’immortalité de Nemo et du voyage dans Mars, épisodes de science-fiction qui alourdissent le propos. Plutôt qu’un exercice de style et en se gardant bien de sombrer dans l’émotion, il fait de ce film une longue variation sur le choix - ou le déterminisme? - qui guide ou pas le quotidien de chacun. Que se serait-il passé si le protagoniste était parti dans l’autre sens? Autre chose, mais pas forcément pire, pas forcément meilleur. Il n’y a pas de bonheur sans taches; pas non plus de malheur absolu. C’est en tout cas la conclusion que peut tirer Nemo de ses multiples existences. Aucun de ses choix ne l’aura rendu heureux pour toujours. Comme dans la vraie vie. La vraie vie qui, elle, n’est pas du cinéma...

Geneviève Praplan