Welcome

Affiche Welcome
Réalisé par Philippe Lioret
Pays de production France
Année 2009
Durée
Musique Nicola Piovani
Genre Drame
Distributeur Mars Distribution
Acteurs Vincent Lindon, Patrick Ligardes, Audrey Dana, F?rat Ayverdi, Derya Ayverdi
Age légal 12 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 587
Bande annonce

Critique

Avec WELCOME, le cinéaste français Philippe Lioret aborde une question d’importance, celle de l’immigration clandestine. Sa démarche n’est ni didactique, ni même militante: il s’attache à deux personnages - que rien ne destinait à se rencontrer - dans un film souvent intimiste, bien maîtrisé et fortement teinté d’humanisme.

Dès les premières séquences, très belles, on est dans le vif du sujet. Des hommes ont fui leur pays d’origine et veulent à tout prix rejoindre clandestinement l’Angleterre, Eldorado à leurs yeux. Mais après un périple invraisemblable ils se retrouvent coincés à Calais, brimés, humiliés et brutalisés.

Passé ces premières images le film semble prendre une autre direction, avec l’entrée en scène de Simon (excellent Vincent Lindon), maître nageur d’une piscine de Calais, qui croise Bilal (Firat Ayverdi), jeune réfugié kurde de 17 ans (on ne sait rien de sa famille). Ce dernier lui demande de lui donner des leçons de natation et, sans détours, lui laisse entendre qu’il veut traverser la Manche à la nage (une première tentative d’immigration dans un camion a échoué). WELCOME progresse dès lors sur deux chemins parallèles. Celui de Simon, que sa femme Marion (Audrey Dana) vient de quitter, et celui de Bilal, qui cherche par tous les moyens à rejoindre sa dulcinée Mina, déjà installée avec sa famille irakienne à Londres.

Le film de Philippe Lioret (on lui doit le très beau JE VAIS BIEN, NE T’EN FAIS PAS, film intimiste sur la vie d’une famille endeuillée) ne manque pas d’ambition. Le cinéaste parle des clandestins, de la «jungle» dans laquelle ils vivent, du racket des passeurs, des associations bénévoles d’aide aux réfugiés, des difficultés d’intégration culturelle, avec l’évocation des «mariages arrangés» (Bilal aime Mina, mais la famille de celle-ci veut la marier à un homme âgé…) Tout cela à travers un scénario bien ficelé, mais qui - ce sont là les limites de l’entreprise - brasse beaucoup de sujets et se disperse aussi dans des problèmes de couple (Simon et Marion) qui peuvent paraître secondaires.

Le personnage de Simon est complexe. Une carrière sportive mal gérée l’a rendu aigri. Peu à l’écoute des gens qu’il croise, encore moins des migrants, déprimé depuis que sa femme l’a abandonné, bousculé dans son train-train quotidien par l’arrivée de Bilal, il va pourtant chercher à dépanner le jeune Kurde. Peut-être agit-il de la sorte pour retrouver l’estime de Marion (prof de collège et aide sociale dans un centre d’immigration), ou pour se prouver à lui-même qu’il peut aussi faire preuve de désintéressement. Les événements lui feront prendre conscience de l’injustice qui règne autour de lui.

Le sujet de WELCOME est fort - l’actualité le prouve - et Philippe Lioret a su trouver les images et les mots pour en parler. Sa mise en scène est omniprésente, efficace, mais sa caméra sait en même temps se faire discrète. La démarche du cinéaste est convaincante, elle le serait davantage encore si la dynamique de l’ensemble ne souffrait pas parfois de l’abondance des pistes de réflexion proposées.

Le cinéaste s’en explique (dans le dossier de presse): «En ce qui concerne le problème des migrants, des réfugiés, des sans-papiers, la multiplication des émissions de télé qui leur sont consacrées se dilue dans la grande cacophonie médiatique. Et à la fin du compte, tous ces reportages, tous ces débats, toutes ces révoltes légitimes ne servent à rien, car personne n’entend plus rien. Alors je préfère faire un film, raconter sur grand écran l’histoire de ces deux hommes face à ces deux femmes, confrontés à leurs affectifs au milieu de tout ce bazar.»

WELCOME est un film sur la séparation, sur la distance - géographique et sentimentale - qui s’installe chez Bilal et Simon. Sur leur rapprochement aussi: leur rencontre les amènera à faire un bout de chemin ensemble, à se découvrir, à s’épauler. Tout cela dans le décor urbain et portuaire souvent hostile de Calais, au milieu des racketteurs, des rafles policières, des barrages douaniers.

Le récit est clair, la caméra sait trouver la bonne distance, les comédiens sont bien dirigés, les dialogues sonnent juste et l’accompagnement musical - on retrouve avec plaisir les partitions discrètes de Nicola Piovani - est particulièrement réussi.

Antoine Rochat