Libero

Affiche Libero
Réalisé par Kim Rossi Stuart
Pays de production Italie
Année 2006
Durée
Genre Comédie dramatique
Distributeur MK2 Diffusion
Acteurs Kim Rossi Stuart, Alessandro Morace, Marta Nobili, Barbora Bobulova, Tommaso Ragno
Age légal 12 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 526
Bande annonce

Critique

"Evoquant les rapports déchirants entre un père et son fils au sein d'une famille monoparentale romaine, ce film vient nous donner une vision peu banale des drames de la vie. Tommi, 11 ans, sa grande sœur Viola et leur père Renato forment une famille étrangement unie depuis que la mère des deux enfants les a abandonnés. Cette famille pleine de rage et d'imperfections tient debout malgré tout grâce au souci constant de chacun pour les autres, et à leur amour. Le retour inattendu de la mère déclenche de fortes émotions et vient perturber l'équilibre de la maison.

Le titre même du film, tiré du langage footballistique et qui est une réplique du père à son fils, esquisse déjà toute la trame de cette histoire. Il se traduit en effet par ""Même arrière central, ça me va"". Tout est là, le caractère entier de Renato qui veut faire de son fils un champion de natation et les efforts de l'enfant pour satisfaire son père, alors qu'il aimerait, lui, jouer au foot.

""J'ai voulu regarder le monde qui nous entoure avec des yeux d'enfant."" Ces propos du réalisateur ont été traduits dans cette œuvre avec une infinie sensibilité. Il n'y a ni bons ni mauvais dans cette famille, simplement une profonde humanité et une émotion constante. Et l'on n'oubliera plus le regard de Tommi, à la fois interrogateur et plein de douceur, critique et riche d'amour, un regard qui porte toute l'attente d'un enfant en face d'un monde d'adultes.



Georges Blanc





Une bonne surprise qui nous vient d'Italie: chronique familiale bien maîtrisée, ANCHE LIBERO VA BENE est un film simple, très fort, et souvent poignant.

Avec trois ou quatre films distribués en Suisse depuis une année, le cinéma italien n'affiche pas la grande forme. On appréciera donc ANCHE LIBERO VA BENE, remarqué à Cannes en mai dernier, œuvre du comédien Kim Rossi Stuart, que l'on a vu récemment dans LES CLES DE LA MAISON, de Gianni Amelio, et qui a choisi de passer derrière la caméra pour nous présenter cette chronique familiale, qui est un petit miracle de sensibilité.

Tommi (Alessandro Morace), 11 ans, timide et introverti, vit avec son père Renato (Kim Rossi Stuart) et sa sœur de 14 ans Viola (Marta Nobili). Le retour inattendu de la mère - on apprendra qu'elle a déjà abandonné le foyer familial à plusieurs reprises - va perturber l'existence déjà compliquée du trio. Tommi s'efforcera de faire face aux événements et de garder une certaine distance vis-à-vis de ses deux parents, dont il commence à discerner les limites.

L'existence de cette famille et de son entourage nous est révélée par les yeux de Tommi et c'est à travers son regard que l'on vit les moments de tension, de détresse, de joie aussi que connaissent les protagonistes de cette histoire à la fois banale et singulière. Banale parce qu'il s'agit des menus événements d'une vie de tous les jours, avec les repas que l'on prend à la cuisine, avec les copains à l'école et les activités parascolaires. Une histoire singulière aussi, dans la mesure où père et mère sont en conflit, où le premier assume la charge des enfants tandis que la seconde, comme dit Renato, ""va et vient"".

Le réalisateur a donné la parole à Tommi et l'a chargé de nous transmettre sa vision des choses, son point de vue sur sa propre existence, souvent chamboulée par la fragilité de chacun de ses deux parents. Renato, le père, peut être blessant et violemment caractériel, mais aussi doux et compréhensif. Stefania, la mère, est une enfant qui n'a jamais grandi, une femme qui essaie de prodiguer de l'amour à ses enfants, mais de façon totalement infantile et maladroite.

Personnage pivot du film, Tommi est un garçon doté d'une grande sensibilité, capable de raisonner comme un adulte, de planifier sa vie de manière à éviter les sautes d'humeur de son père et les effusions maladroites de sa mère. Il va s'efforcer de maintenir un équilibre familial précaire, quitte à se réfugier quand cela ne va plus sur le toit de l'immeuble, pour prendre un peu de hauteur et se retrouver seul avec lui-même. Alors que père et mère accumulent les erreurs tout en essayant de les minimiser, il réussit à comprendre leurs souffrances et à leur pardonner.

A noter que tout au long du film Renato force son fils à faire de la natation, alors que celui-ci n'a qu'une idée: jouer au foot, comme tous ses copains. ""Même 'libero', ça me va"", dira-t-il timidement à son père le jour où celui-ci aura finalement réussi à mettre un peu d'eau dans son vin... Une dernière réplique qui est peut-être une forme d'ouverture.

ANCHE LIBERO VA BENE évite toute schématisation de propos, toute velléité de démonstration. Les comédiens sont superbement dirigés, l'interprétation du jeune Alessandro Morace (incarnant le jeune garçon) tout comme celle de Kim Rossi Stuart lui-même (dans le rôle du père) sont remarquables. Et comme le cinéaste a le sens du récit, une belle netteté d'écriture, et qu'il a su éviter toute dérive vers le mélodrame, on parlera de lui comme d'un véritable auteur. ANCHE LIBERO VA BENE est un film qui sonne juste, tout en sensibilité et en nuances, un premier film qui est un véritable coup de maître.



Antoine Rochat"

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