Mar adentro

Affiche Mar adentro
Réalisé par Alejandro Amenábar
Pays de production Espagne
Année 2004
Durée
Musique Alejandro Amenábar, Carlo Nunez
Genre Drame
Distributeur UGC
Acteurs Javier Bardem, Belén Rueda, Lola Dueñas, Mabel Rivera, Celso Bugallo
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 496
Bande annonce

Critique

Lion d'argent au dernier Festival de Venise, lauréat de plusieurs autres prix, ce film offre un débat ouvert sur l'euthanasie et une belle prestation d'acteurs.

Alejandro Amenabar ne craint pas de traiter de la mort sous des angles inattendus. Dans LES AUTRES, il explorait le monde des défunts et leur manière de se rappeler aux vivants. Son dernier film aborde la mort de front en parlant de l'euthanasie. Le scénario s'inspire d'une histoire vraie. Ramon Sampedro (Javier Bardem) est devenu tétraplégique à la suite d'un accident, il y a trente ans. Depuis lors, il ne songe qu'à mourir, mais ne peut le faire sans l'aide d'un tiers, lequel tomberait sous le coup de la loi espagnole qui punit l'euthanasie. Il se bat, héroïquement, pour faire reconnaître la mort assistée.

Autour de cet homme fort, intelligent et parfois cynique, vit la famille qui le soutient. Son père, son frère, sa belle-sœur et son neveu. Il y a des visiteurs aussi. En particulier Rosa, qui a vu Ramon à la télévision et s'attache à lui. Et Julia, l'avocate qui va défendre sa demande auprès d'une cour de juristes. Il n'est donc pas seul, mais, immobile pendant ses longues journées, il a le temps de penser, de fantasmer, de retourner en pensées à la mer. Il possède, dit-il, une mar adentro, une mer intérieure. C'est tout.

Alejandro Amenabar a du talent. Réalisateur, scénariste, auteur aussi de la musique, il signe un film puissant sur un sujet ô combien difficile et complexe. Récemment, Denys Arcand a lui aussi abordé le problème avec LES INVASIONS BARBARES. MAR ADENTRO fait beaucoup mieux, en prenant dès le début un ton plus universel, apte à toucher tout le monde. Il se concentre sur le sujet. Surtout, il met en scène des personnages aux opinions très différentes, bien que tous respectueux de la volonté du tétraplégique.

Les discours passionnés, rabâchés et figés sur l'euthanasie, chez les défenseurs comme chez les opposants, apparaissent soudain très vains. Dans MAR ADENTRO l'émotion n'a pas sa place. Au contraire, la brutalité des faits accumule les questions, toutes les questions, et montre les sentiments qu'elle remue, tous les sentiments. On ne peut que ressentir une profonde empathie pour chacun de ces protagonistes, pour leurs différentes façons d'aimer, pour leurs souffrances, par conséquent différentes aussi. On ressent profondément leurs divergences, leurs réactions contradictoires, leur bataille intérieure. Comme ce père qui dit de façon à peine perceptible: plus douloureuse que la mort de son enfant, c'est sa volonté de mourir.

Pour le réalisateur Alejandro Amenabar, il n'y a pas lieu de faire du misérabilisme, mais de montrer. Son récit est dépouillé, il dirige les acteurs vers une expression retenue de leurs sentiments. Au public de comprendre, derrière les visages et dans les silences. Il y a tout de même certains effets dramatiques inutiles. Dans une atmosphère aussi grave, le contraste, le symbole, l'imagination dont il use servent suffisamment la mise en scène.

Comme ces lumineuses échappées vers la mer, en contrepoint au décor monochrome et figé des intérieurs. Le symbole, lui, va jusqu'à la cruauté. Notamment lorsqu'un prêtre tétraplégique rend visite à Ramon pour le convaincre de vivre: non seulement les deux hommes ne sont pas d'accord, mais l'étage de la maison les empêche de se rejoindre. Auraient-ils pu rapprocher leurs points de vue? Ils sont à l'image de ceux que le débat rejette dans des convictions sans appel. Le réalisateur ne donne pas de solution, il n'y en a pas de définitive. A ceux qui sont pour, à ceux qui sont contre, il dit la même chose: le sujet est beaucoup plus compliqué que cela.

Geneviève Praplan