Buongiorno, Notte

Affiche Buongiorno, Notte
Réalisé par Marco Bellocchio
Pays de production Italie
Année 2003
Durée
Musique Riccardo Giagni
Genre Historique, Drame
Distributeur Océan Films
Acteurs Maya Sansa, Luigi Lo Cascio, Piergiorgio Bellocchio jr, Giovanni Calcagno, Paolo Briguglia
Age légal 10 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 476
Bande annonce

Critique

"Il y a vingt-cinq ans, Aldo Moro, alors président de la Démocratie chrétienne italienne, était enlevé par les Brigades rouges, séquestré et exécuté. A la fois chronique et œuvre de fiction, BUONGIORNO, NOTTE se présente comme une nouvelle lecture d'un événement qui a profondément marqué l'histoire de l'Italie. Une approche sensible et intelligente, un film dépouillé et réussi.

Rome, 1978. Chiara (Maya Sansa), jeune brigadiste engagée dans la lutte armée, emménage dans un petit appartement de la via Mantalcini. C'est là qu'Aldo Moro restera prisonnier pendant 55 jours, et c'est à travers les yeux de la jeune femme que le spectateur assistera au ""procès prolétarien"" qui lui sera intenté par le commando qui l'a enlevé. Un commando qui apparaît d'abord sans faille: Mariano, le chef (Luigi Lo Cascio), Ernesto (Pier-Giorgio Bellocchio) et Primo (Giovanni Calcagno) sont d'accord, même si quelques doutes vont les assaillir par la suite. Chiara, elle, passera par des moments d'hésitation beaucoup plus profonde. Au fil des jours, elle sera de moins en moins persuadée de la nécessité de l'exécution, et son personnage en deviendra d'autant plus attachant. Quant à Aldo Moro (Roberto Herlitzka), c'est un être humilié, mais serein et d'une grande humanité. Dans ses lettres, il appelle au secours sa famille, ses amis politiques, le pape lui-même: comme on le sait, la classe politique refusera de négocier et le souverain pontife en restera à des appels à la clémence. Les dernières images du film - la messe célébrée par Paul VI lors des obsèques, avec les visages apparemment accablés de Fanfani, La Malfa, Craxi, du premier ministre Andreotti, alors même que la dépouille mortelle de Moro est absente de la cérémonie - sont très fortes et troublantes. D'autres le sont aussi, et l'on touche parfois - le titre du film, BUONGIORNO, NOTTE (!) va dans ce sens - au paradoxe: l'ultime image sera celle d'un homme libre.

Titre d'un scénario trouvé, dit-on, dans la serviette de Moro, BUONGIORNO, NOTTE se présente comme un huis clos. Seules échappées vers l'extérieur - mises à part les images du journal télévisé - les quelques rapides allers et retours de Chiara, qui n'abandonne pas son travail de bibliothécaire dans un ministère. Et les quelques souvenirs oniriques de la jeune femme (très belles séquences d'une noce et d'un repas familial où l'on évoque les combats de la Résistance - surgissent alors des images tragiques de PAISA, de Rossellini - et la naissance de la Démocratie chrétienne). Tout cela est montré sans parti pris. Bellocchio (dont on sait qu'il fut communiste) ne caricature en rien ses personnages, ni les brigadistes dans leur extrémisme, ni Moro dans son rôle de victime. Le cinéaste scrute en eux, dans leur engagement politique, ce qu'il y a de plus personnel, de plus humain.

On reprochera peut-être au cinéaste de revenir sur une affaire qui, si elle a bouleversé à l'époque la vie sociale et politique de l'Italie, ne nous concerne plus. Et pourtant! Non seulement les Brigades rouges ont continué leur lutte contre le pouvoir jusqu'à la fin des années 80, mais elles sont réapparues en 1999... BUONGIORNO, NOTTE sonne ainsi comme un rappel, même si le film n'a pas l'ambition d'être explicatif, encore moins démonstratif. Bellocchio ne se pose pas en historien, il n'a d'ailleurs pas voulu prendre contact avec les brigadistes de 1978, et son récit reste une œuvre de fiction. Ce qui l'intéresse, c'est le monde intérieur de ses personnages, c'est de nous emmener jusqu'à ce point sensible où, chez chacun d'eux, s'affrontent conscience morale et conscience politique.

Dans ce retour sur les ""années de plomb"" (les décennies 1970 et 1980), Bellocchio fait librement appel à ce que l'on sait de ""l'affaire Moro"", mais ne s'embarrasse guère d'analyse politique ou sociale. Priorité est donnée aux protagonistes, à leur intimité, à leurs réactions parfois bouleversantes. BUONGIORNO, NOTTE n'est pas un film idéologique. Il se situe aux frontières de l'imaginaire, mais à hauteur d'homme. En cela il est parfaitement réussi, soutenu de plus par une remarquable interprétation de tous les acteurs, Maya Sansa et Roberto Herlitzka en tête.

Un mot enfin sur la partition musicale du film - musiques classiques et créations originales de Riccardo Giagni - qui n'hésite pas à passer des Pink Floyd à Schubert. Tantôt provocatrice, tantôt réconciliatrice, une telle musique contribue, dans le silence verbal de certaines scènes, à faire passer, mieux que par des paroles, les sentiments de révolte et de désespoir des personnages, ainsi que leur part de mystère."

Antoine Rochat