Effroyables Jardins

Affiche Effroyables Jardins
Réalisé par Jean Becker
Pays de production France
Année 2002
Durée
Genre Comédie dramatique
Distributeur jmhdistributions
Acteurs Isabelle Candelier, Thierry Lhermitte, Jacques Villeret, André Dussollier, Benoît Magimel
Age légal 10 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 455
Bande annonce

Critique

En compagnie de ses complices (Jacques Villeret, André Dussollier, Suzanne Flon), Jean Becker renoue avec la comédie qui oscille entre humour, tendresse et drame. De facture très classique, ce film aborde avec délicatesse de nombreuses questions chevillées au cœur de l'homme. Son art est de le faire sans avoir l'air d'y toucher.

Lucien a 14 ans. L'âge où l'on se cherche et où on commence à prendre ses distances. Il est humilié de voir son père, instituteur respecté, se livrer dans les fêtes de village à un numéro de clown qu'il juge ridicule. André Designy, petit industriel de province, ami très proche de son père, perçoit le trouble de l'adolescent. Il le prend à l'écart et lui révèle un pan méconnu du passé de Jacques (l'instituteur). Ce retour en arrière qui constitue l'essentiel du film nous plonge à la fin de la guerre et fait percevoir les personnages sous un autre angle. Lucien comprend ainsi le pourquoi de cette vocation de clown et voit son père sous un autre jour.

La résistance française nourrit encore la mémoire collective. Combien de films ont retracé le parcours glorieux de ces combattants de l'ombre. Certes, il y a eu des héros et des patriotes qui ont donné leur vie pour la France. Blessés par la défaite, quelque part humiliés de devoir la victoire aux alliés, les Français se sont identifiés à ces soldats qui, le moment venu, ont contribué au renversement de l'histoire. Mais le cinéma a aussi mis en lumière les traîtrises et la honteuse collaboration de ceux qui s'étaient trompés de camp.

Il y a cependant les autres, la foule des modestes, ceux qui ont attendu que l'orage passe et qui, au dernier moment, n'ont pas voulu être de reste. Ce sont ces résistants de la dernière heure que met en scène Jean Becker. Félix l'aiguilleur, victime d'un sabotage, se dénonce à tort pour sauver des otages. Sa veuve supplie les vrais responsables de ne rien révéler pour laisser à son mari ce petit acte d'héroïsme. Quant à nos deux héros d'opérette, Jacques et André, ils sont partagés entre courage et lâcheté.

Derrière cette comédie grinçante se révèle l'éternelle question de la vie et de la mort. Les quatre otages vont passer une nuit dans un cul de basse-fosse avec la conviction d'être fusillés au petit matin. Ils sont balancés entre un petit espoir - tant qu'il y a de la vie - qui les tient debout et le refus d'une mort annoncée. C'est l'heure des questions existentielles auxquelles l'humour enlève le côté tragique. Si la réincarnation existe, que serais-je?

Si Becker caricature le soldat allemand, il le fait dans le sens de la dérision. Ces hommes qui ne sont plus des militaires d'élite sont fatigués et désabusés. Ils sont comme des pantins aux mains de leurs officiers. C'est ce que signifie le numéro de clown de la sentinelle qui se révoltera au prix de sa vie.

Lucien découvre le vrai visage sans masque de son père. Becker révèle le vrai visage de l'homme, partagé sans cesse entre espoir et inquiétude. Au pire moment, les otages fredonnent une célèbre chanson de Charles Trenet: Après la pluie, le beau temps. Y'a de la joie. C'est que les jardins secrets de Jacques et d'André ne sont pas si effroyables.

Maurice Terrail

Appréciations

Nom Notes
Maurice Terrail 17
Georges Blanc 13
Anne-Béatrice Schwab 17