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L'édito de Philippe Thonney - De la suffisance et du recueillement

Le 11 avril 2018

La cérémonie des Césars n’est pas toujours ce qu’on pense, à savoir une réunion guindée où les "professionnels de la profession" s’autocongratulent dans leur microcosme privilégié. La dernière édition a montré que les Césars pouvaient aussi être au service du cinéma, en couronnant l’ambitieux 120 battements par minute ou en récompensant Swann Arlaud, un acteur prolixe mais peu connu du grand public.

Ce fut la prestation de Dany Boon ce soir-là qui donna vraiment envie de zapper. Rappelons qu’à la sortie de son Bienvenue chez les Ch’tis avec le succès que l’on sait, il s’était inlassablement répandu dans tous les médias pour crier qu’il était absolument scandaleux que son film n’ait rien gagné aux Césars. Un prix spécial a été créé pour les films ayant réalisé le plus d’entrées, et Dany Boon est venu le chercher pour Raid dingue. Comment aurait-il pu l’avoir autrement? Impossible de récompenser le scénario, exclusivement conçu pour offrir une suite de one-man-show à Dany Boon; impossible de couronner la mise en scène, uniquement réfléchie dans le but de mettre en valeur Dany Boon; impossible de césariser les autres acteurs, tellement anxieux d’exister aux côtés de Dany Boon qu’ils étaient prêts aux plus vils cabotinages. Dommage que le public, ayant fait de ce navet le film le plus vu de l’année, ait oublié, on l’espère provisoirement, le fossé qu’il y a entre "ne pas se prendre la tête" et "débrancher complètement son cerveau". Raid dingue n’est d’ailleurs pas le seul exemple, souvenons-nous de l’effarant Eyjafjallajökull. Bref, Boon, en recevant ce prix, ne put s’empêcher, fort de son statut, d’envoyer un bon tacle aux professionnels présents, sans doute pour faire oublier qu’il n’avait au fond rien à faire là. Une telle prétention donne le tournis. Les Césars récompensent parfois des comédies, mais heureusement pas celles qui se moquent du monde.

Le même jour nous quittait Marcel Philippot, un acteur connu non seulement pour des spots publicitaires mais surtout pour une carrière de 45 ans à la télé, au cinéma et au théâtre. Si on lui avait rendu hommage lors d’une cérémonie, sans doute l’aurait-il reçu, lui, avec humilité et reconnaissance contrairement à l’autosatisfaction boonesque. Un metteur en scène de théâtre lui écrivit ces quelques mots bouleversants: "Nous avons commis l'erreur de te cantonner dans un certain répertoire, dans un certain emploi. C'est notre tragédie de manquer d'imagination, nous qui nous prévalons de servir l'imaginaire." Hommage mérité à un homme soucieux de servir son Art, et non de se faire valoir par son Art.