Dancer in the Dark

Affiche Dancer in the Dark
Réalisé par Lars von Trier
Titre original Dancer in the Dark
Pays de production
Année 2000
Durée
Genre Comédie musicale, Drame, Policier
Distributeur pathefilms
Acteurs Catherine Deneuve, David Morse, Peter Stormare, Björk, Vladan Kostig
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 394
Bande annonce

Critique

On ne présente plus le cinéaste danois Lars von Trier, qui a déjà ému les festivaliers de Cannes avec Breaking the Waves en 1996. Co-fondateur et adepte convaincu de Dogma, cette charte par laquelle plusieurs réalisateurs s'engagent à ne recourir à aucun artifice technique, il s'écarte ici des tables de la Loi... Beaucoup moins de caméra à l'épaule en effet, une mise en scène et une direction d'acteurs plus serrées, une bande sonore élaborée donnent un spectacle moins déroutant quant à la forme. Quant au fond, mis à part que saute aux oreilles le peu d'affinités de von Trier avec la langue anglaise...

Dans une bourgade de petits Blancs états-uniens, une réfugiée tchèque mère célibataire, Selma (Björk, à la ville Islandaise actuellement idole internationale de la chanson pour jeunes) travaille dans une fabrique de bacs en acier. Perdant progressivement la vue, elle met dollar après dollar de côté en vue d'une opération destinée à préserver son fils adolescent de la même infirmité. Volée par un voisin qui a profité de son handicap, elle cherche par tous les moyens à récupérer ses modestes économies, et sa vie bascule dans la tragédie.

Même si von Trier introduit dans son scénario des éléments un peu froufroutants (une équipe d'ouvriers tente de monter une comédie musicale - ce qui nous vaut d'entendre Catherine Deneuve japper comme un petit chien), la dominante reste la grisaille et la morosité. On suit avec intérêt jusqu'à la première chanson rythmée par les laminoirs et les emboutisseuses, puis on se laisse gagner par la mélancolie. Le procès de Selma nous vaut une énième scène de tribunal dont le cinéma d'outre-Atlantique est si prodigue, scène faisant figure de collage incongru dans une narration visant une certaine originalité.

La Palme d'Or attribuée à ce film choque moins que celle de l'an dernier. Si l'on tient compte de la composition du Jury et de l'ensemble du palmarès, elle est assez logique (pour parler comme les reporters sportifs...). Elle salue l'histoire d'une femme seule, courageuse voire obstinée, qui lutte comme elle peut contre l'adversité. Mais qu'en restera-t-il dans quelques années, mis à part l'assemblage d'ingrédients insolites? Quant à Björk, qui n'est certes pas un "canon", enlaidie de surcroît par des lunettes à grosses montures aux verres épais comme des culs de bouteille, et qui n'est pas, tant s'en faut, une pouliche de l'Oréal, elle a été distinguée pour son interprétation: parce que, comme le dit le slogan de ce sponsor officiel, elle en vaut la peine...

Daniel Grivel


Depuis plusieurs années, Lars von Trier espérait la Palme d'or. Avec ce film, il l'a bien méritée. Mais le Festival de Cannes a bien fait d'attendre la perfection pour la lui décerner.

Après le provoquant Breaking the Waves et le déplaisant Idioten dans lequel Lars von Trier faisait preuve surtout de mauvais goût (une troupe de marginaux jouant aux malades psychiques afin de se libérer des conventions bourgeoises et d'en dénoncer l'hypocrisie), Dancer in the Dark est de la famille de ce qu'il est convenu d'appeler la comédie musicale, bien qu'il s'agisse d'un drame du début à la fin.

Un drame sur lequel les scènes chantées et dansées font souffler une brise légère contribuant beaucoup à rendre très supportable une histoire particulièrement sombre.

Songez que l'on a là une jeune femme atteinte d'une maladie congénitale des yeux qui la rend aveugle, et qu'elle a un fils atteint de la même maladie. Mais ce n'est pas tout: émigrée tchèque aux Etats-Unis, en pleine guerre froide (on est dans les années cinquante), elle voue une admiration sans borne à un danseur tchèque et ose affirmer que tout n'est pas mauvais dans le communisme. Ouvrière dans une usine, elle met de côté la plus grande partie de son salaire afin de payer l'opération qui sauvera son fils de la cécité. Un voisin lâche et faible lui vole l'argent et, de manière perverse, lui demande de le tuer. Ce qu'elle fait. En prison, Selma poursuit son combat afin que son fils soit opéré, et se sacrifie jusqu'au bout.

On retrouve ainsi le thème du sacrifice et du don de soi total, jusqu'à la mort, qui émouvait déjà dans Breaking the Waves, à partir de circonstances particulièrement dramatiques.

Dans ce film-là, le réalisateur danois clouait au pilori l'Eglise incapable de comprendre le sacrifice de la jeune Bess, sacrifice au demeurant ambigu mais "sanctifié" par des cloches célestes. Le sacrifice de Selma est pareillement incompris, d'abord de ses amis, puis reconnu tout à la fin comme juste. "Ecoute ton coeur", lui lance son amie (Catherine Deneuve). Bess, Selma sont des femmes victimes de leur candeur (voir la foi de Bess dans son sacrifice pour guérir son fils et la fidélité de Selma à la parole donnée à son voisin), mais animées d'une volonté et d'une détermination sans faille, parce qu'elles "écoutent leur coeur".

Le sacrifice de Selma est peut-être moins sujet à discussion que celui de Bess, mais c'est la vérité et la justice qui sont bafouées, tandis que l'exécution par pendaison dans une lumière froide et verte comme celle d'une salle d'opération relève de la barbarie indiscutable. Encore une hypocrisie à dénoncer.

L'originalité de ce film, c'est d'être aussi un ballet en osmose parfaite avec l'histoire de Selma. Lars von Trier filme une chorégraphie mécanique dont la musique n'est autre que le bruit fait par les machines de l'usine où travaille l'héroïne. Impossible de ne pas penser à Chaplin dans Les Temps modernes où, déboussolé par le rythme fou de la chaîne, Charlot transforme en jeu un travail abrutissant. De même, Selma s'évade de l'ambiance de l'usine en rêvant à la comédie musicale qu'elle répète hors de ses heures de travail, et parfois pendant. Où qu'elle se trouve, elle transforme les lieux en scènes de théâtre: l'usine ou le train deviennent une scène en mouvement, et même le couloir de la prison, qui la mène vers sa fin, ne peut être traversé qu'en devenant aussi une scène.

On pense à Chaplin encore et aux symboles de l'oppression policière, avec ce voisin, policier faible et veule, qui précipite Selma dans un gouffre.

Seuls bémols: les mouvements de caméra qui, surtout au début du film, vont d'un personnage à l'autre dans le style des reportages qui veulent faire vrai et spontané (heureusement, ça se calme rapidement) et la musique et les chansons de Björk, fort peu mélodiques.

Maurice Gonce

Ancien membre

Appréciations

Nom Notes
Daniel Grivel 13
Ancien membre 19
Georges Blanc 13
Geneviève Praplan 18
Ancien membre 17
Ancien membre 16
Antoine Rochat 13