Chambre des magiciennes (La)

Affiche Chambre des magiciennes (La)
Réalisé par Claude Miller
Pays de production France
Année 2000
Durée
Genre Comédie dramatique
Distributeur I.D. Distribution
Acteurs Mathilde Seigner, Edouard Baer, Anne Brochet, Annie Noël, Yves Jacques
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 410
Bande annonce

Critique

"A l'initiative du producteur-réalisateur Jacques Fansten, la chaîne Arte poursuit l'expérience du tournage d'une série de films de fiction à l'enseigne de ""Petites caméras"".

Il s'agit de laisser à des cinéastes (on a déjà vu NATIONALE 7 de J.-P. Sinapi) une liberté de création totale, liberté rendue possible par l'utilisation de petites caméras numériques très maniables, une technologie toute nouvelle qui permet de tourner rapidement, sans encombrement et avec un budget très léger.

Claude Miller (L'EFFRONTEE, 1985; LA PETITE VOLEUSE, 1988; LA CLASSE DE NEIGE, 1998) a profité de ces nouvelles conditions de tournage pour réaliser un projet qui lui tenait à coeur depuis longtemps, mais qu'il n'arrivait pas à mener à bien faute de trouver un producteur convaincu. C'est ainsi qu'il a réussi à tourner l'adaptation d'un texte que lui avait fait découvrir la comédienne Anne Brochet. Cette adaptation (partielle) d'un roman de Siri Hustvedt (""Les yeux bandés"") parle de l'expérience hospitalière d'une étudiante en anthropologie, Claire, une étudiante un peu prolongée puisqu'elle a déjà 30 ans, qui mène une vie de stress et de frustrations. Des parents ternes, une soeur cadette inconséquente, un amant molachu et la perspective paniquante d'une soutenance de thèse, tout cela lui donne d'horribles migraines qui vont pousser son médecin traitant à la faire admettre dans un service hospitalier de neurologie. Le film va être le récit du mois d'hiver passé par Claire dans une chambre d'hôpital où elle a pour voisines une jeune femme, Odette, paralysée des deux jambes et une vieille dame, Eléonore, un peu magicienne et aux limites de la démence. Le film raconte comment Claire arrivera à reprendre pied, comme aguerrie par l'expérience de la douleur des autres.

LA CHAMBRE DES MAGICIENNES est un film étonnant. L'histoire de ces trois femmes réunies par le hasard, très différentes par l'âge, la condition sociale et la culture, est originale. Forcées de cohabiter dans un univers où elles ne peuvent s'éviter, elles vont devoir composer et évoluer, dans un contexte où le fantastique (sinon la magie) affleure par moments. Il y a dans le film des scènes récurrentes (à la télévision) de rites africains qui rappellent que l'on se situe aux limites de ce qui est strictement rationnel. A cela s'ajoute une certaine subjectivité de la part de Claire que l'on suit en tant que personnage principal, mais qui modifie sans doute l'image des êtres qu'elle croise, en particulier celle de son médecin personnel, le docteur Fish, un personnage pour le moins bizarre. Ce qui nous vaut de belles joutes verbales entre eux, non dépourvues d'humour et d'ironie.

Le personnage de Claire est au premier abord assez banal: rien de très exceptionnel chez elle sinon sa tension, son stress et la gestion d'une vie qui n'est pas très drôle. Ce qui est plus intéressant, ce sont les rapports qu'elle va établir avec Eléonore, une vieille femme muette et un peu fantasque qui possède peut-être un don de guérisseuse, qui va aider Claire à se tirer d'affaire en lui rappelant ce qu'est la compassion. Et ceci grâce à l'aide de son mari (remarquable Jacques Mauclair) qui, dans un discours assez inattendu, va s'adresser à elle et lui réciter une page de la lettre de saint Paul aux Corinthiens (""Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité""). Un moment important dans l'évolution de Claire qui évacue, à partir de là, un certain égoïsme.

LA CHAMBRE DES MAGICIENNES est une oeuvre intimiste, un peu bergmanienne, un film assez inattendu de la part d'un réalisateur que l'on avait vu s'intéresser à des êtres inquiétants, hors normes, qui pouvaient même faire peur. Ici rien de tel, même si le récit, réaliste dans la description, permet quelques échappées vers l'imaginaire. L'oeuvre, chaleureuse, gaie et grave à la fois (Miller parle de drame comique), est une observation fine et émouvante des relations affectives qui se tissent entre les trois femmes."

Antoine Rochat