Pacte des loups (Le)

Affiche Pacte des loups (Le)
Réalisé par Christophe Gans
Pays de production France
Année 2001
Durée
Musique Joseph LoDuca
Genre Aventure, Epouvante-horreur, Historique
Distributeur Metropolitan FilmExport
Acteurs Monica Bellucci, Vincent Cassel, Samuel Le Bihan, Mark Dacascos, Emilie Dequenne
N° cinéfeuilles 408
Bande annonce

Critique

"Il arrive que la sortie de certains films à grand spectacle soit annoncée à coups de grosse caisse.

C'est le cas de LE PACTE DES LOUPS dont, depuis quelques semaines déjà, on cause sur les ondes parlantes et visuelles de France et de Navarre, sans oublier les gazettes, spécialisées ou non. Une grosse caisse, il en aura d'ailleurs fallu une: on parle d'un budget de 40 millions de francs suisses, dépassé d'un quart!

Le jeu en vaut-il la chandelle? Les sentiments peuvent être partagés. Les puristes tiqueront devant des invraisemblances, des approximations, des anachronismes; les amateurs de feuilletons apprécieront le mélange de genres divers - aventures, cape et épée, western, karaté, mystère, érotisme léger. Christophe Gans est un passionné de cinéma et, avant de passer à la réalisation, a fait de la critique (co-fondateur de la revue Starfix et chroniqueur à la télévision). Cela se voit dans son deuxième long métrage (le premier était CRYING FREEMAN), qui rappelle, en beaucoup plus long - trop -, la rédaction de la jeune interne d'un pensionnat Vieille France: la maîtresse de français ayant stipulé qu'une bonne histoire devait avoir pour ingrédients de la religion, de la noblesse, de l'amour et du mystère, elle rédigea un texte lapidaire, ""Nom de...!, dit la comtesse, je suis enceinte, et je ne sais pas de qui!""...

De son propre aveu, le réalisateur n'a pas voulu donner dans la reconstitution historique minutieuse. Il est parti d'une affaire qui mit en émoi la France de Louis XV: pendant trois ans, dans le Gévaudan, aux confins de la Lozère, une bête non identifiée et apparemment jamais capturée ni abattue a massacré quelque cent trente femmes et enfants qu'elle mutilait et éventrait horriblement. Le signalement que les rescapés pouvaient en donner faisait penser à un loup monstrueux, mais beaucoup d'autres hypothèses échevelées eurent cours, à la mesure du caractère mystérieux de la bête. Le film évoque la machination de dévots intégristes en guise d'admonestation au roi jugé trop laxiste.

Celui-ci dépêche un jeune disciple de Buffon, Grégoire de Fronsac (Samuel Le Bihan, déjà remarqué dans CAPITAINE CONAN, VENUS BEAUTE, JET SET), afin d'enquêter sur place. Fronsac est accompagné de son frère de sang Mani (Mark Dacascos), indien mohawk qu'il a ramené de Nouvelle France et qui apporte au récit une touche bio-écolo-chamanique. Il fait la connaissance des hobereaux et des bouseux du coin, s'éprend de la jolie Marianne de Morangias (Emilie Dequenne, révélée par ROSETTA), cède aux charmes d'une énigmatique courtisane florentine (Monica Bellucci, à la plastique plus convaincante que le jeu...) Peu à peu, il démêle l'écheveau et, après moult péripéties, découvre le pot-aux-roses.

Comme les romans ""historiques"" d'Alexandre Dumas ou de Victor Hugo, LE PACTE DES LOUPS grouille de personnages secondaires pittoresques, incarnés par une belle brochette d'acteurs chevronnés dont Jean-François Stévenin, Bernard Fresson, Jean-Paul Farré, Jean Yanne et Edith Scob... Les scènes d'action ne manquent pas, les bagarres sont chorégraphiées à la John Woo, l'ambiance est malgré l'époque plus gothique que rococo, les malandrins sont punks avant la lettre, et on a en prime un zeste de S.O.S.-Racisme... Le travail sur la lumière est recherché, l'image est souvent léchée, et certains maniérismes peuvent agacer.

Judicieusement, la bête n'est pas montrée d'entrée de jeu. Elle est suggérée au début par la panique d'une jeune bergère victime de sa brutalité; ce seront ensuite des bruits furtifs, des grognements, des rugissements, quelques aperçus fugitifs. Enfin elle apparaît, issue de la boutique magique de Jim Henson, grand spécialiste des marionnettes sans fils (les MUPPETS, DARK CRYSTAL, les effets spéciaux de BABE, c'était lui). N'en disons pas davantage sur le monstre; tout au plus peut-on se demander, au vu de la manière dont Fronsac se venge, qui est la vraie bête...

Lecteurs de Chaunu et autres Delumeau, passez votre chemin! Quant aux amateurs d'histoire abracadabrantesque, ils en auront pour leur argent. Au demeurant, le soussigné est curieux de voir quelle carrière va connaître LE PACTE DES LOUPS."

Daniel Grivel