The Million Dollar Hotel

Affiche The Million Dollar Hotel
Réalisé par Wim Wenders
Pays de production Allemagne, Grande-Bretagne, U.S.A.
Année 2000
Durée
Musique Brian Eno, Bono, Jon Hassell, Daniel Lanois, Hal Willner
Genre Drame, Policier, Thriller
Distributeur Capitol Films
Acteurs Mel Gibson, Amanda Plummer, Milla Jovovich, Gloria Stuart, Jeremy Davies
N° cinéfeuilles 387
Bande annonce

Critique

"Palme d'Or pour PARIS TEXAS en 1984, le réalisateur germano-américain cultive le paradoxe.

C'est en sautant du toit que le héros découvre que la vie est parfaite, tandis que chaque étape livre une scène de la vie de tous les jours, scène qui pourtant n'a rien parfois de la perfection.

Bref, le bonheur est toujours possible, mais on le comprend toujours trop tard.

L'un des locataires d'un hôtel de Los Angeles, au nom grandiloquent et dérisoire à la fois, vu sa clientèle, ""The Million Dollar Hotel"", s'est tué en tombant du toit. En fait, il a été probablement poussé.

Un inspecteur inquiétant, Skinner (Mel Gibson), la nuque enserrée par une minerve qui lui donne la démarche raide d'un automate, est décidé à découvrir le coupable. Pour arriver à ses fins, Frankenstein, c'est le surnom de Skinner, ne recule devant rien, use de méthodes illicites.

Les locataires soupçonnés du meurtre sont plus bizarres et excentriques les uns que les autres. Eloise (Milla Jovovich), à la personnalité visiblement perturbée, ne semble connaître que la violence des hommes et n'attend plus rien de la vie. Il y a encore un Indien, surnommé Géronimo, peut-être évadé d'un asile d'aliénés, et qui se prend pour un chef Navajo. Puis un guitariste qui affirme être le véritable compositeur des Beatles, et ressemble d'ailleurs à John Lennon. Enfin Tom, que tous appellent Tom Tom, qui s'est fait sa place en ces lieux en jouant plus ou moins le simplet, de plus amoureux d'Eloise.

Cette micro-société composée de marginaux, de paumés, croit voir enfin venir sa chance grâce aux tableaux laissés par Israel, le locataire décédé. Des toiles badigeonnées de goudron noir. Un vernissage est organisé, la chaîne de télévision locale vient à l'hôtel.

Pour assurer la réussite et se libérer des soupçons de Skinner, il faut trouver un coupable. Ce sera le plus simple du groupe, lequel croit enfin exister, lui aussi, en passant à la télévision. Ce sera évidemment sa perte.

On l'aura compris, le film de Wenders est beaucoup plus qu'une enquête policière. C'est une parabole, une allégorie, où se devine ce que pourrait être la société de demain: une société d'exclus, de pauvres, où l'insécurité et la violence sont la règle d'une part, et un petit nombre de privilégiés d'autre part. Entre les deux, aucune communication. Des médias tout puissants, véritable miroir aux alouettes. Un état policier, totalitaire.

Les personnages semblent faire un grand rêve, ou plutôt un cauchemar, mais tout éveillés, n'arrivant pas à y croire eux-mêmes, réfugiés dans leur monde. Un refuge que les médias, Skinner, et leur propre naïveté vont détruire. Images discontinues, propos bizarres des locataires, situations sans issue et sans espoir, comportement d'aliénés, recours à une typologie des personnages (un policier sans scrupule et sadique, une sorte d'Esmeralda, un simplet, une sorte de cour des miracles, on n'est pas loin des Misérables et de Notre-Dame de Paris), tout cela aboutit à un surréalisme fantastique qui plonge le spectateur dans le malaise et le fait entrer dans ce cauchemar, comme s'il était l'un des acteurs du film.





Wim Wenders



Né le 14 août 1945 à Düsseldorf, Wim Wenders poursuit des études de médecine et de philosophie qu'il interrompt en 1967 pour s'inscrire à la Hochschule für Film und Fernsehen à Munich, au sein de laquelle il réalise plusieurs courts métrages. Trois ans plus tard, il réalise son premier long métrage, L'ETE DANS LA VILLE. Suivirent, entre autres, ALICE DANS LES VILLES (1973), AU FIL DU TEMPS (1976), PARIS TEXAS (1984), LES AILES DU DESIR (1987), SI LOIN SI PROCHE (1993), THE END OF VIOLENCE (1997), BUENA VISTA SOCIAL CLUB (1999)."

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