Pianiste (Le)

Affiche Pianiste (Le)
Réalisé par Roman Polanski
Pays de production France, Grande-Bretagne, Allemagne, Pologne
Année 2002
Durée
Musique Wojciech Kilar
Genre Drame, Historique
Distributeur Bac Films
Acteurs Thomas Kretschmann, Adrien Brody, Emilia Fox, Ed Stoppard, Frank Finlay
N° cinéfeuilles 438
Bande annonce

Critique

"On attendait avec curiosité le dernier film de Roman Polanski. Délaissant pour une fois ses habituels exercices de style, le cinéaste raconte ici l'histoire de son pays, durant la deuxième guerre mondiale, à travers la vie d'un brillant pianiste juif et polonais, Wladyslaw Szpilman, qui échappe à la déportation. Contraint de vivre au coeur du ghetto de Varsovie, il en partage les souffrances, les humiliations et les luttes. Il parviendra à s'échapper, aidé en cela par un officier allemand...

Tourné près de Berlin et à Varsovie, LE PIANISTE est un long et beau film, à la facture très classique. Polanski a bénéficié de grands moyens et son œuvre (adaptée des mémoires de W. Szpilman) prend par moments la forme d'une superproduction destinée à un large public international. On peut reprocher au cinéaste d'avoir opté pour une illustration historique, minutieuse sans doute, mais dans laquelle il manque un certain souffle et une part d'émotion. Il s'agit d'ailleurs d'un choix, Polanski précisant qu'il a voulu éviter d'émouvoir pour en rester à un hommage à la Pologne et aux souffrances de son pays d'origine.

David Lynch et ses jurés ont attribué la Palme d'Or à LE PIANISTE: on peut discuter le bien-fondé de cette décision, derrière laquelle il y a sans doute la volonté d'adresser un signe à l'œuvre d'un cinéaste de talent sans doute, mais qui ne se manifeste pas ici par une très grande originalité. LE PIANISTE hésite constamment entre la description des luttes et du sort de la communauté juive polonaise et l'évocation de quelques destinées particulières. Un film intéressant, pas tout à fait convaincant dans la mesure où on se surprend à le regarder plutôt qu'à le vivre au travers des personnages, et cela malgré l'excellente prestation d'Adrien Brody.



Antoine Rochat





""J'ai toujours su qu'un jour je ferais un film sur cette période douloureuse de l'histoire de la Pologne, mais je ne souhaitais pas qu'il soit autobiographique. Dès la lecture des premiers chapitres des mémoires de Wladyslaw Szpilman, j'ai su que LE PIANISTE serait le sujet de mon prochain film. C'était l'histoire qu'il me fallait: malgré l'horreur, elle reste positive et porteuse d'espoir.""

Ces propos de Polanski résument bien la superproduction déjà annoncée sur la Croisette en 2001, à grand renfort de panneaux géants, et récompensée cette année par la Palme d'Or. D'autres l'ayant déjà fait abondamment après le palmarès, nous n'épiloguerons pas sur le fait de savoir si cette distinction était méritée ou pas, résultant ou non d'un subtil dosage international ou politique...

Des moyens impressionnants ont été mis en oeuvre. Distribution brillante, dominée par Adrien Brody (LA LIGNE ROUGE), dans le rôle du pianiste Szpilman. Scénario tiré du récit autobiographique dudit pianiste, co-écrit avec Ronald Harwood (TAKING SIDES, LE CAS FURTWÄNGLER), commandeur de l'Empire britannique. Allan Starski, chef décorateur de LA LISTE DE SCHINDLER. Musique de Wojciech Kilar, l'un des grands compositeurs polonais actuels. Reconstitution extrêmement soignée, jusque dans les moindres accessoires. Tous les ingrédients semblent réunis pour un chef-d'oeuvre, et pourtant la mayonnaise ne prend pas.

L'histoire commence en septembre 1939. Au studio de la radio polonaise, à Varsovie, Wladyslaw Szpilman joue le ""Nocturne"" en ut dièse mineur de Chopin, lorsqu'une bombe larguée par un avion de la Luftwaffe dévaste les locaux. A la fin de l'alerte, Wladyslaw rentre chez lui, retrouvant sa famille de bourgeois juifs aisés - plus pour longtemps, car l'envahisseur nazi va progressivement diminuer le montant du numéraire qu'il est permis d'avoir sur soi, le reste devant être déposé sur les comptes d'une banque allemande. La situation ne tarde pas à empirer: douze jours après la prise de Varsovie, les Allemands construisent un ghetto dans lequel un tiers de la population juive de la ville, soit plus de 360'000 personnes, est enfermé. Puis ce sera la déportation, le plus souvent vers le camp d'extermination de Treblinka.

Toute la famille du pianiste disparaîtra, mais lui, par une succession de péripéties incroyables, échappe au massacre et parvient à survivre, grâce notamment aux résistants et à un officier allemand mélomane, jusqu'à l'abandon de la ville (où il ne reste plus qu'une vingtaine de Juifs) par les Allemands.

Polanski traduit bien le fait que Szpilman montre, dans son livre écrit peu de temps après la guerre, de mauvais et de bons Polonais, de mauvais et de bons Juifs, de mauvais et de bons Allemands. Est-ce parce que les circonstances ont forcé le pianiste à se détacher de beaucoup de choses? Toujours est-il que, en dépit de la portée émotionnelle des événements, le film est assez froid et laisse le plus souvent froid. On se souviendra de quelques images fortes: la vue de la place vide, où ne restent que les pauvres bagages des Juifs rassemblés avant d'être tassés dans les wagons pour Treblinka; les doigts du pianiste (caché dans un appartement censé être vide) courant au-dessus d'un clavier qui doit rester muet. Pour le reste, malgré la déclaration d'intention de Polanski (""Ne pas filmer à la manière d'Hollywood""), on reste en présence d'une grosse machine qui, au bout du compte, touche moins que LE DICTATEUR de Chaplin.

A conseiller néanmoins aux jeunes spectateurs pour qui ""Hitler, connais pas"".



Daniel Grivel"

Ancien membre