Le Procès du chien

Affiche Le Procès du chien
Réalisé par Laetitia Dosch
Pays de production France, Suisse
Année 2024
Durée
Musique David Sztanke
Genre Comédie
Distributeur Pathé Films
Acteurs François Damiens, Anne Dorval, Anabela Moreira, Pierre Deladonchamps, Laetitia Dosch, Jean-Pascal Zadi
Age légal 12 ans
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 929

Critique

Dans son premier long-métrage en tant que réalisatrice, Laetitia Dosch s’inspire du roman Chien blanc de Romain Gary pour un en faire une comédie avec comme protagoniste non plus un chien raciste mais misogyne. Le caractère politique du film se noie néanmoins dans un ensemble hétéroclite et confus. 

Cosmos, protagoniste du film, dont l’air à la fois tendre, interrogatif et agressif de son interprète, Kodi, a su séduire le jury de la Palm Dog (prix indépendant), qui l’a récompensé lors de la dernière édition du Festival de Cannes, est sur le banc des accusés, au Tribunal d’arrondissement de Lausanne, après avoir mordu, pour la troisième fois, une femme. S’il est reconnu coupable, il sera euthanasié, au grand dam de son avocate, Avril (Laetitia Dosch), peu compétente et maladroite dans ses prises de parole - mais qui est parvenue, malgré tout, à ce qu’il soit jugé, comme tout individu, pour ses actes plutôt que directement condamné -, de son propriétaire, Dariuch (François Damiens), homme bourru qui louche et s’exclame plus qu’il ne parle, quand il ne glisse pas des mots doux à son animal de compagnie, qu’il considère comme son fils et du comportementaliste canin, Marc (Jean-Pascal Zadi).

La question du statut de l’animal, fondamentale dans le récit, se heurte à d’autres enjeux, tels que la dénonciation des discours de l’extrême droite reposant sur la peur ; le féminisme, à travers le personnage de Lorene (Anabela Moreira), défigurée par Cosmos, ou la difficulté pour une femme de s’affirmer indépendamment du regard des hommes ; la violence de parents à l’égard de leur fils, en l’occurrence Joachim (Tom Fiszelson), le voisin d’Avril. Loin de former un tout cohérent, ces thématiques, mises en évidence dans les entretiens de la réalisatrice et les critiques plutôt que dans le film lui-même, se contredisent - ce qui ne l’a pas empêché de recevoir le prix du scénario lors de la dernière édition du Festival du film francophone d’Angoulême… Pour ne mentionner que quelques incohérences, Avril, dont on accède aux pensées par le biais de la voix over – elle a donc une voix, et une voix privilégiée -, cherche par moments à assimiler le chien à une personne, à d’autres à lui octroyer un statut particulier. On pense comprendre, en faisant fi de ce qui pourrait apparaître comme un détail, qu’elle souhaite avant tout défendre la cause animale. Pourtant, que le chien soit un chien ou assimilable à un homme, on identifie Lorene, femme de ménage portugaise, comme la vraie victime (bien qu’elle soit représentée par une avocate d’extrême droite - interprétée par Anne Dorval), ce qu’un moment fort du film suggère, lorsqu’elle prend la parole durant le procès pour se révolter. On se demande alors si ce chien misogyne est une allégorie du patriarcat et devrait, dans ce cas, mourir, piste qui ne se vérifie pourtant pas dans le propos du film. Quoiqu’il en soit, Lorene est vite oubliée, tout comme le petit voisin d’Avril, pour qui le récit ne propose aucun dénouement. Peut-être faudrait-il, au lieu d’un regard analytique, se laisser porter par l’aspect « loufoque » ou « surréaliste » du long-métrage pour qu’émerge un autre plaisir que celui des plans de la ville de Lausanne ou celui suscité par la présence, brève, de Pierre Deladonchamps, en avocat au verbe lubrique.

Sabrina Schwob

Appréciations

Nom Notes
Sabrina Schwob 9