Les pistolets en plastique

Affiche Les pistolets en plastique
Réalisé par Jean-Christophe Meurisse
Pays de production France
Année 2024
Durée
Musique Thibault Deboaisne
Genre Comédie
Distributeur Xenix Film
Acteurs Romane Bohringer, Laurent Stocker, Juana Acosta, Charlotte Laemmel, Delphine Baril
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 926

Critique

Reprendre un fait divers sordide, tel que l’assassinat de la famille Dupont de Ligonnès, pour en faire une comédie absurde. Voici le nouveau pitch du réalisateur d’Oranges sanguines (2021) et d’Apnée (2016) qui se rêve être le nouvel enfant terrible du cinéma français. Une proposition stimulante saupoudrée de quelques séquences humoristiques réussies, mais alourdie par une construction narrative hésitante et un développement quelque peu décevant.

L’humour est un formidable laboratoire pour comprendre les enjeux d’une société. Pour le philosophe Simon Critchley, il permet à une communauté de se former, en mettant en place une culture de référence et de sens commun pour un groupe social. Jean-Christophe Meurisse utilise le commentaire sociopolitique absurde via sa compagnie Les Chiens de Navarre, mais également sa courte carrière de cinéaste pour porter un regard critique sur différentes couches de la société française. Pour sa troisième œuvre, il use d’un référentiel populaire très précis : Xavier Dupont De Ligonnès, soupçonné de l’assassinat de sa famille en 2011. Il privilégie l’absurde des situations, à l’image de ces deux médecins légistes qui découpent un corps tout en évoquant les (trop) nombreuses séries TV Netflix portées sur les figures des « serial killers ». Les pistolets en plastique utilise ainsi cette enquête non résolue pour offrir des personnages en toc plastifiés.

Trois pistes narratives construisent le déroulé du film : l’arrestation d’un faux coupable, deux enquêtrices labellisées par Facebook qui rêvent de sensations fortes et l’exil de Dupont de Ligonnès (nommé Paul Bernardin) en Argentine. Chacune de ces pistes est entremêlée par des sketchs (à la morgue, dans un commissariat de police ou à un guichet d’aéroport) incarnés par des habitué·es de ces formats courts, comme Vincent Dedienne ou Aymeric Lompret. Ces personnages sont à l’image du titre : profondément contradictoires. Les deux enquêtrices investiguent, bourrées, la maison de Bernardin. L’assassin présumé joue des apparences en se créant un personnage sacralisé en Amérique latine, et la police danoise ne vérifie pas les sources de leurs informations. Au cours du film, nous voyons les sauveur·euses devenir les monstres, alors que les meurtriers sauvent des enfants de chœur (littéralement). Un humour oxymorique donc, qui plait par la critique sociale qui peut en émaner – la question des nombreuses erreurs judiciaires –, mais qui se limite quelques fois à certains poncifs, dont on a l’impression que leur but essentiel est de choquer le public. Par exemple, la séquence de la concierge et ses propos racistes, homophobes, xénophobes et complotistes, ou encore la présence d’un personnage tout droit sorti d’Elephant Man.

Un autre point noir au tableau est celui du rythme auquel s’enchaînent les différentes séquences d’humour. Le mélange des trois trames narratives et des sketchs amoindrit l’effet humoristique par un trop-plein de volonté. Comme si les personnages et leurs propres récits n’avaient pas pu suffire à proposer une œuvre grinçante et drôle. Le troisième film de Jean-Christophe Meurisse part avec de bonnes idées mais ralentit l’entrain par sa forme calquée sur celui de son précédent long-métrage. Il offre également une absurdité qui s’avère parfois passer à côté de sa volonté première. La construction de cet humour reste néanmoins une petite originalité dans un environnement cinématographique saturé par de grosses productions très peu intéressées à respecter les sujets qu’elles évoquent.

Julien Norberg

Appréciations

Nom Notes
Julien Norberg 12
Marvin Ancian 13