Irréversible

Affiche Irréversible
Réalisé par Gaspar Noé
Pays de production France
Année 2002
Durée
Musique Thomas Bangalter
Genre Drame, Thriller
Distributeur Mars Distribution
Acteurs Monica Bellucci, Vincent Cassel, Albert Dupontel, Philippe Nahon, Mick Gondouin
Age légal 18 ans
Age suggéré 18 ans
N° cinéfeuilles 438
Bande annonce

Critique

"Faut-il revenir sur ce film à scandale dont on a déjà beaucoup (trop) parlé? Il a eu au moins un mérite rare, celui de faire l'unanimité de la critique dans la dénonciation de l'horreur. Tout au plus quelques voix branchées diront que la violence sur l'écran n'égale pas celle de la rue et qu'il y a là une certaine thérapie.

Laissons donc de côté les deux interminables séquences du viol et du meurtre dans une boîte sordide pour homos sado-masochistes. Si ce n'est pour prévenir les curieux que c'est insupportable.

Le film - même les lettres du générique - est monté à l'envers. On commence par la fin avec une caméra qui virevolte à se croire dans un luna park. Cette originalité qui ne répond d'ailleurs à aucune logique, si ce n'est à réfléchir sur le temps (""Le temps détruit tout"" figure en sous-titre) cache en réalité le vide d'un scénario des plus banal. Un couple heureux, un enfant s'annonce, et c'est le viol dans un passage souterrain qui conduit à une vengeance. Il n'y a aucune analyse psychologique de ces personnages aux pulsions animales. En particulier le violeur qui arrive de nulle part et dont on ne sait rien, si ce n'est son surnom évocateur de Tenia.

Finalement on sort épuisé et consterné par tant de prétention et de complaisance. Il faut vivement souhaiter que le public ne se laisse pas prendre aux sirènes qui annoncent le scandale. Il en ressortira déçu et la tête à l'envers. Je devrais écrire: ""Etêt al srevne'l à"". (M. T.)





A propos de... Irréversible



(Complément à l'article de Maurice Terrail)



Portrait d'un couple heureux massacré par la violence, IRREVERSIBLE devait-il être tourné? C'est peut-être la première question qui s'impose à l'esprit quand on quitte la salle, assommé par les images qui viennent de défiler pendant 95 minutes. Ces images, hallucinantes autant par leur contenu que par leur mise en forme, sont-elles de la complaisance pure? Si non, quel mérite trouver au parti pris par Gaspar Noé de regarder le mal en face?

Les séquences quasiment tournées en temps réel contraignent le spectateur aussi à affronter le ""mal"". Ce ""mal"", plus personne n'ignore qu'il existe tant il est banalisé par un populisme fédérateur. Trop banalisé pour être réellement compris. IRREVERSIBLE le tire du lieu commun pour le ramener à sa vérité de fait divers, vécu par lui, par toi, par moi. La violence, soudain, prend un visage concret. Une partie de ses racines y sont montrées. La lâcheté du témoin y est rappelée et le public, soudé à son fauteuil, ne peut que s'identifier à cette apathie (surtout, ne jamais avoir à faire à tout ça!)

Les images insoutenables d'IRREVERSIBLE sont celles du désespoir, du désir de vengeance, de la folie non maîtrisée du cocaïnomane qu'est le personnage principal. Fallait-il que Gaspar Noé mette à ce point le spectateur dans la peau de ce personnage? Cette forme de viol psychologique est-elle dissuasive ou encourageante, pousse-t-elle à une prise de conscience? IRREVERSIBLE avance de la fin au début, de l'horreur au bonheur, du bouleversement à l'apaisement. N'est-ce pas encore un piège tendu au spectateur qui attend son propre soulagement?

Finalement, le film de Gaspar Noé se situe bien au-delà de la traditionnelle question: j'aime - je n'aime pas. Forme et fond confondus, il dérange profondément, ouvre un débat vertigineux en laissant la responsabilité des réponses à chaque spectateur. Et c'est de ce point de vue, qu'il parvient à l'étage très étroit de la création. (G. P.)"

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