Largo Winch : Le Prix de l'argent

Affiche Largo Winch : Le Prix de l'argent
Réalisé par Olivier Masset-Depasse
Pays de production France, Belgique
Année 2024
Durée
Musique Frédéric Vercheval
Genre Action, Aventure
Distributeur Frenetic
Acteurs James Franco, Tomer Sisley, Clotilde Hesme, Élise Tilloloy
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 926

Critique

Plus de treize ans après un Largo Winch 2 qui n'avait pas cassé la baraque, Tomer Sisley reprend son rôle du millionnaire aventurier créé par le bédéaste belge Jean Van Hamme. Visuellement efficace mais fort peu abouti pour tout le reste, le film prouve une nouvelle fois que certains héros de bande dessinée auraient tout intérêt à rester dans les pages d'un album et perdent leur spécificité, leur intérêt, sur grand écran.

Car au cinéma, ces aventures spectaculaires fonctionnent très bien lorsqu'elles sont vécues par des personnages ordinaires (comme dans Die Hard) ou des super-héros ; ou encore en lorgnant du côté d'Indiana Jones avec l'inventivité historique et l'humour qui vont avec. Ce Largo Winch 3 hésite constamment entre un style et un autre. Ce problème initial de scénario étant d'emblée éliminatoire, il ne reste plus qu'à appuyer sur les effets spéciaux et l'esbroufe. En fait, le film pourrait durer quinze minutes, les quinze premières proposant une scène d'action spectaculaire suivie de la découverte du méchant et d'une grosse tuile pour le gentil. Ce quart d'heure passé, on est déjà en pilote automatique, on oublie le scénario de plus en plus inexistant et on assiste aux efforts du cinéaste pour aller toujours plus loin dans les effets : avec des ralentis pesants sur des chutes vertigineuses, une caméra virtuose, de la musique tonitruante qui souligne les images (avec du hip-hop plein de percussions sur l'action et des violons sur les moments intimes), des gadgets électroniques, des décors exotiques et des hologrammes. Par moments, on jurerait du Michael Bay. Seul le personnage de Bonnie (Élise Tilloloy) apporte un peu de surprise, d'humour et de fraîcheur.

Alors bien sûr, il faut de temps en temps rappeler que Largo Winch est un millionnaire avec un passé douloureux qui lutte pour la justice et la sauvegarde de la planète, et dont les ennemis ont clairement des griefs personnels contre lui. Est donc ajoutée un peu de psychologie dans des scènes qui tombent à plat. Lorsque les sujets de l'amour filial, du deuil ou de l'écologie sont abordés, ils le sont avec de lents zooms insistants sur les visages pénétrés des protagonistes qui énoncent des vérités basiques à la limite de « l'eau ça mouille » et « la guerre c'est pas bien", avec le soutien, là aussi, d'une musique démonstrative. Mais derrière l'esbroufe, que cherche-t-on à nous raconter ? Qu'est-ce qui est en arrière-plan ? Quels sont, pour employer un grand mot, les enjeux du récit ? On se tâte encore. Comme cela avait été fait dans le 2 avec Sharon Stone, les producteurs s'offrent une caution et une ouverture sur l'international en engageant une star américaine, l'excellent James Franco qui n'est ici malheureusement que pour faire joli. Son personnage est sans nuances, se prend des gnons à répétition, des couteaux à travers la main et des balles dans le buffet sans que cela ne lui fasse perdre ni son équilibre ni son sourire démoniaque.

Alors qu'ils se rassurent, d'un point de vue technique les Français prouvent ici qu'ils sont capables de réaliser un solide blockbuster à l'américaine. Mais par pitié, de la finesse, du fond, de l'humour, du rêve ! Un scénario, bon sang, un scénario !

Philippe Thonney

Appréciations

Nom Notes
Philippe Thonney 7