Fly Me To the Moon

Affiche Fly Me To the Moon
Réalisé par Greg Berlanti
Pays de production États-Unis
Année 2024
Durée
Musique Daniel Pemberton
Genre Comédie romantique
Distributeur Sony
Acteurs Scarlett Johansson, Woody Harrelson, Ray Romano, Channing Tatum, Jim Rash
Age légal 10 ans
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 926

Critique

Et si on n’avait pas été sur la lune en 1969 ? Et si la NASA nous avait vendu un mauvais canular ? Fly Me To The Moon reprend le vieux fantasme complotiste, pour en faire une comédie légère sur le mensonge, et finalement sur le cinéma, cet art du faux tellement vrai. 

Kelly ment. Kelly est une star du marketing naissant aux États-Unis. Scarlett Johansson endosse le rôle de la blonde rusée, maline, mais charmante en diable sur la fin des années 1960. Les États-Unis s’enfoncent dans la guerre au Vietnam. En même temps, l’Oncle Sam veut conquérir la lune avant les Soviétiques en pleine Guerre froide. Kelly vend de la publicité pour voitures. Déguisée en femme enceinte, soufflant le chaud et le froid en féministe mi-« housewife » mi-canaille, elle vend du rêve à quatre roues face à des hommes machos, sexistes, des caricatures d’eux-mêmes tellement sixties (se souvenir de la série Mad Men). Et ça marche. Si ce n’est qu’elle se fait aussitôt démasquer et perd le contrat à peine signé.

Qu’importe ! La Maison-Blanche débarque en renfort. Moe, l’improbable Woody Harrelson (Larry Flint au cinéma ou policier dans la première saison de la série True Detective), qui parle toujours comme s’il avait un caillou dans la bouche, vient lui proposer de relancer l’image de la NASA en mal de reconnaissance et de financement pour son programme Apollo. Démarré en 1961 par Kennedy empêtré au Vietnam, il souffre d’accidents à répétition et surtout du désastre d’Apollo 1 dont le cockpit prend feu tuant trois astronautes. Flanquée de son assistante gauchiste (anti-Nixon), Kelly débarque en Floride. Elle rencontre dans les secondes qui suivent Cole, directeur de la mission Apollo 11 (Channing Tatum, champion des blockbusters américains, notamment avec Steven Soderbergh). Coup de foudre. Mais qui va se concrétiser bien plus tard. D’abord, les deux se chamailleront sans fin : Kelly imposant ses vues marchandes aux scientifiques mal dégrossis de la NASA qui finiront tout de même par se laisser faire, et Cole se dressant en ange gardien de l’« american dream » droit dans ses bottes, mais prêt toutefois à céder aux avances irrésistibles de Kelly.

C’est drôle, léger, un brin convenu, auto-ironie comprise, forcément méta. Entre badinage et sensualité à la Walt Disney, le jour du lancement d’Apollo 11, qui doit amener l’Amérique sur la lune, approche. Washington redoute cependant un échec, impensable face à l’Union soviétique et au monde. Il faut un plan B. Moe, tel un mauvais esprit apparaissant et disparaissant à sa guise, oblige Kelly, qui a un lourd passé de mensonges et d’arnaques, à tourner un faux alunissage façon Hollywood. Fly to the Moon s’inspire ici largement de Moonwalkers (de Antoine Bardou-Jacquet, réalisé en 2015) où un agent de la CIA doit convaincre Stanley Kubrick à filmer un alunissage alternatif.

Bref, le fantasme complotiste vient dynamiter le cours des choses. Malheureusement, au lieu de s’ouvrir sur un abîme vertigineux, tellement cinématographique (ce que Kubrick aurait pu réussir), le coup monté est réduit à un quiproquo inoffensif entre réalité et fiction, entre vrai et faux. Aux commandes de Greg Berlanti (producteur hyperactif de films et séries), on s’amuse, sans plus, de la rumeur paranoïaque toujours vivante. Au diable tout questionnement politique, voire philosophique à son sujet ! Il reste un divertissement où un chat noir vient remettre le monde à l’endroit, les méchants à leur place, avant que l’amour triomphe et l’Amérique avec, filant dans un zoom arrière réconciliant.


Marco Danesi

Appréciations

Nom Notes
Marco Danesi 10