Hit Man

Affiche Hit Man
Réalisé par Richard Linklater
Pays de production États-Unis
Année 2023
Durée
Musique Graham Reynolds
Genre Comédie, Romance, Thriller
Distributeur Ascot Elite
Acteurs Glen Powell, Adria Arjona, Retta, Austin Amelio
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 925

Critique

Après l’enchantement de ses mémoires d’enfance (Apollo 10½), Richard Linklater est de retour avec une marotte de la comédie américaine (la double vie) et le portrait de Gary Johnson, paisible petit professeur d’université devenu infiltré pour la police, se dédoublant en faux tueur à gages pour piéger ses contractants. De cette histoire vraie, Linklater en tire une potache comédie douteuse, absurde, qui s’imagine prétentieusement bien plus intelligente que son fond racoleur et questionnant.

Le réel, et bien maigre intérêt du film, réside dans son questionnement du changement, il interroge notre capacité à refonder notre personnalité à l’âge adulte. Cette question est clairement débattue en début de film (et ce qui restera sa meilleure scène) lorsque Gary et son ex-femme débattent de la «construction du moi», théorie freudienne qu’il développe quelques minutes auparavant devant ses élèves. Il y a là un débat de fond passionnant, sommes-nous encore capables de changer? Malheureusement, Linklater sort la tractopelle, oublie toute nuance en installant une dichotomie lourdingue entre la pensée (Gary) et le corps (représenté par Ron, le double de Gary, un «tueur à gages» grimé en bad boy pour plus de crédibilité), le réflexif et l’impulsif, l’être pensant et la bête physique et viriliste. Dans cette grotesque ligne de démarcation, Linklater perd les pédales. On ressent un désir de trublion à provoquer, s’amusant à transgresser les physiques: Gary en bodybuildé et choucroute bien peignée n’a aucune crédibilité en professeur d’université, Ron qui doit jouer un assassin s’attendrit devant un chiot, ou Madison jouant la femme-objet plantureuse qui ne pense qu’au sexe, n’ayant comme unique représentation ce désir absurde pour ce macho mystérieux et sauveur de sa pauvre âme en peine. Le problème majeur de cette addition de clichés poussant le curseur jusqu’au burlesque, c’est que ce n’est pas drôle. Pire, sans tirer de procès d’intention à Linklater, ce potache se retourne contre lui, et fait de ce pamphlet moderne une exaltation d’une Amérique «trumpiste», beauf à souhait, hétéronormative et machiste, et tout bonnement détestable. Ce couple de menteurs-tueurs serait-il l’évolution du «moi» freudien débattue en début de film? À se demander si tout cela ne se veut pas une vaste farce, mais une farce ratée qui se plante.

Et Linklater enfonce le clou sur le sujet de la peine de mort, qui lui semble une solution acceptable, et en justifiant également le meurtre en émancipation de l’être. En effet, l’avenir de Gary et Madison semble rayonnant de bonheur et de complétude, après être, tour à tour, passé à l’acte. Gary étant devenu un vrai «bonhomme» dans les pas du machiste Ron. Quelque peu nauséeux. Ça se veut petit malin et provoc’, ça finit en philosophe de comptoir, à se morfondre dans le ringard d’une Amérique qui ne nous intéresse pas. Hit Man, une mauvaise blague qui a clairement mal tourné.

Appréciations

Nom Notes
7