Handling The Undead

Affiche Handling The Undead
Réalisé par Thea Hvistendahl
Titre original HÅNDTERING AV UDØDE
Pays de production Norvège, Suède
Année 2024
Durée
Musique Peter Raeburn
Genre Horreur, Drame
Distributeur Filmcoopi
Acteurs Anders Danielsen Lie, Bahar Pars, Renate Reinsve, Bjørn Sundquist
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 925

Critique

Une chaude nuit d’été à Oslo; une coupure d’électricité; et les morts se réveillent. Handling The Undead encadre l’impossible retour de trois revenants auprès des êtres aimés. Les zombies, d’abord des marionnettes inanimées, se transforment en vampires sans cœur.

C’est d’une tristesse infinie: un mouvement de caméra lancinant survole des barres d’immeubles dans les forêts à la périphérie d’Oslo. Handling The Undead commence en apnée, suspendu à un travelling aérien. On suit de loin, de haut, Mahler, vieux monsieur taiseux, qui passe d’un HLM à l’autre pour amener un repas chaud à sa fille, Anna. Le ton est donné. On ne va pas rire. Avec peu de dialogues et une lenteur froide assumée, on apprend qu’Anna a perdu son jeune fils. Mahler, aussi inconsolable que sa fille, passe des nuits entières sur la tombe d’Elias. Ailleurs, Tora assiste à l’incinération d’Elisabet, compagne d’une vie, qui vient de décéder. Enfin, Eva prend le volant pour aller assister à la première du one-man-show de David, le père de ses deux enfants adolescents. Elle sortira de route, se tuant dans l’accident.

Après cette introduction pétrifiante, soudain, le dérèglement: black-out général à Oslo écrasé par la chaleur d’été, des perturbations radio, un ventilateur qui se décroche et tombe sur la table de travail du restaurant où Anna est employée. C’est le signal. Depuis l’outre-monde, les morts se réveillent et refont surface. Mahler, qui a entendu Elias frapper le cercueil, déterre l’enfant et le ramène chez sa fille/mère. Il la sauve par la même occasion d’une tentative de suicide (elle cherche à s’étouffer avec un film alimentaire). Elisabet apparaît dans la maison de Tora. Eva échappe à la mort clinique décrétée par les médecins. On apprend, par la bande - une courte séquence très elliptique - que d’autres Lazare ressuscités hantent la ville. Une fois le cadre posé, le film joue la tentative désespérée de renouer le lien entre les vivants et les revenants.

Handling The Undead - littéralement: gérer les morts-vivants, ce qui va s’avérer impossible - s’inspire largement d’un roman de John Ajvide Lindqvist (Le Retour des morts, 2012). Ce dernier cosigne d’ailleurs le scénario avec Thea Hvistendahl, réalisatrice du long métrage, présenté au dernier Sundance Festival et programmé au NIFFF de Neuchâtel. Un premier ouvrage de l’auteur suédois, Laisse-moi entrer (2010), avait déjà fait l’objet d’adaptations cinématographiques remarquées (Morse, 2008 et Let Me In, 2010). Le traitement de Thea Hvistendahl fait fi du pathos et du spectaculaire. À l’exception d’un pas de deux entre Tora et Elisabet enveloppées par la voix éternelle de Nina Simone chantant Ne me quitte pas de Jacques Brel, Handling The Undead découpe et recoupe les trois histoires qui se déploient sans se croiser, comme le ferait un médecin légiste doublé d’un peintre hollandais du XVIIe siècle. C’est beau et austère à la fois. Au risque du décrochage.

En réalité, il ne s’agit pas de faire peur, mais de susciter une inquiétude carrée, géométrique. La musique anxiogène de Peter Raeburn qui se déverse y contribue à son tour. On est du côté de Les Revenants (le film et la série) plutôt que de La Nuit des morts-vivants (1970). Il s’en dégage alors un trouble de l’âme au bord de l’abîme. À la lisière du mystère, forcément insaisissable, indicible. Mais dont le cinéma - comme c’est le cas ici par moments - peut révéler quelques morsures stupéfiantes et mélancoliques.

Marco Danesi

Appréciations

Nom Notes
Marco Danesi 13
Marvin Ancian 14