Série The Actor

Affiche Série The Actor
Réalisé par Nima Javidi
Pays de production Iran
Année 2022
Durée
Musique Ramin Kousha
Genre Fiction
Distributeur Arte
Acteurs Navid Mohammadzadeh, Ahmad Mehranfar, Hasti Mahdavifar, Hanieh Tavassoli, Mehraveh Sharifinia, Gelareh Abbassi, Hooman Barghnavard
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 924

Critique

SAISON 1

8 épisodes

de 52 minutes

Téhéran: deux acteurs fauchés sont prêts à tout pour sauver leur théâtre, jusqu’à jouer la comédie, pour de vrai, à la solde d’une mystérieuse agence de détectives. Une série iranienne, une rareté, à voir sur Arte.

The Actor, première série iranienne à sortir du pays et diffusée sur Arte depuis mai de cette année, est un hymne aux acteurs, à l’art du jeu, au goût du déguisement. En 2023, la première saison de huit épisodes a remporté le Grand Prix à Série Mania (Lille). Une deuxième est attendue toujours sur Arte pour fin 2024. Le réalisateur et scénariste, Nima Javidi - auteur notamment de deux films, Melbourne (2014) et The Warden (2019) - s’est inspiré de William Shakespeare. Plus précisément d’un aphorisme du dramaturge élisabéthain: «Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles.» La série se déploie comme une démonstration - désenchantée et magistrale à la fois - de cette maxime. La séquence d’ouverture donne d’entrée le ton entre Hercule Poirot et Grand-Guignol dans un paysage désertique, surpris à ras le sol.

Ali (Navid Mohammadzadeh, La Loi de Téhéran, 2019, Leïla et ses frères, 2022), et Morteza, (Ahmad Mehranfar, connu pour avoir joué dans Capital, un feuilleton iranien à succès) multiplient les mises en scène foireuses sur commande pour des fêtes de fin d’études ou des demandes en mariage de riches rejetons, histoire de gagner quelques cachets. Cachets destinés à payer le propriétaire d’un immeuble où ils louent un vieux théâtre qu’ils ont retapé ensemble. Et tant pis si Morteza dilapide le plus souvent l’argent pour offrir des cadeaux à son amoureuse avec qui il vit une liaison fumeuse. Dans ce théâtre ils répètent un spectacle intitulé «Acteur», miroir de leurs galères quotidiennes où réel et fictions se confondent allègrement. À la suite d’une prestation qui dégénère en bagarre, nos deux malheureux - version iranienne d’Auguste et Clown Blanc, où Ali et Morteza sont à tour de rôle l’un ou l’autre - sont engagés par une mystérieuse agence de détectives privés. Payés cette fois généreusement, ils acceptent, secondés par une jeune actrice, Alma (Hasti Mahdavifar) de jouer des personnages improbables pour coincer une secrétaire toxicomane ou retrouver un étrange individu caché dans un EMS. Dans la foulée, Ali et Nazi, nièce du patron de l’agence, nouent une relation à peine esquissée, pour tout dire platonique, rongée par leurs passés respectifs: deux filles fantômes pour elle, une femme menaçante pour lui.

Les huit épisodes disponibles - il y en a une vingtaine pour l’heure qui a été diffusée en Iran - se déroulent dans un Téhéran davantage deviné que franchement pris à partie. On se concentre sur l’action et les caractères, oscillant entre le sublime, les dits et non-dits dans une voiture entre Ali et Nazi, le pathétique et les maladresses de Morteza tentant de reconquérir sa belle. Rien de politique à première vue. Pas frontalement, en tout cas. Comme souvent, les cinéastes iraniens travaillent dans les interstices, les angles morts. Surprendre le réel au lieu de le dénoncer. Comme les corps refoulés des femmes aux visages voilés, mais surmaquillés, et dont on cadre en gros plan la sensualité par procuration de talons aiguilles immenses.

La série raconte des individus qui cherchent à exister, à débrouiller la nasse des humiliations ordinaires et des rares bonheurs, gages de survie face au pouvoir des mollahs, dont leur absence à l’écran accentue encore davantage leur emprise. Car il faut le talent du désespoir et de la comédie pour déjouer le sort et se tenir à la lisière de la dérision et de la pesanteur, en suspens.

Marco Danesi

Appréciations

Nom Notes
Marco Danesi 15