Kinds Of Kindness

Affiche Kinds Of Kindness
Réalisé par Yórgos Lánthimos
Pays de production Irlande , Royaume-Uni
Année 2024
Durée
Musique Jerskin Fendrix
Genre Drame, Thriller psychologique
Acteurs Willem Dafoe, Emma Stone, Jesse Plemons, Margaret Qualley
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 924

Critique

Présenté cette année à Cannes en Compétition officielle, Kinds Of Kindness ressuscite les beaux frissons du Lánthimos première période.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les deux dernières années ont été productives pour le cinéaste grec, qui enchaîne Pauvres Créatures en 2023 et Kinds Of Kindness en 2024. Ce nouveau rythme d’un film par an a de quoi interroger: assiste-t-on à une «quentindupieusation» du cinéma de Lánthimos? Premier élément de réponse: comme c’est le cas chez son collègue français, Lánthimos semble avoir désormais trouvé une bande d’acteurs puisqu’on retrouve ici Emma Stone (La Favorite, Pauvres Créatures), Willem Dafoe (Pauvres Créatures) et Margaret Qualley (Pauvres Créatures). La reconduction des mêmes corps pourrait être mis au discrédit du film: on pourfendrait alors un automatisme routinier et stérile (qui agace chez Dupieux). Cependant, il me semble que ce serait précisément commettre un automatisme critique et ne pas voir que l’acteur est sans doute ce qui intéresse le plus Lánthimos. Ce film en fait une démonstration implacable.

Car Kinds Of Kindness est avant tout un film d’acteurs, un film sur l’interprétation et la recomposition des rôles. Composé de trois sketches, lesquels tous narrent des histoires d’emprise (que ce soit l’emprise amoureuse ou la dérive sectaire), le métrage s’amuse à rebattre constamment les cartes des relations: qui fut dominant devient dominé, qui fut gourou se transforme en disciple. Ainsi Jesse Plemons, pour le coup nouveau venu chez Lánthimos, est victime de la machination à laquelle participe Emma Stone dans la première histoire avant d’être le bourreau de la même Emma Stone dans la deuxième. Cette liquidité des identités, si elle est du point de vue du fond un thème philosophique très présent chez Lánthimos, donne aussi tout un caractère éminemment ludique à son cinéma. Nous sentons en effet le plaisir des acteurs (tous parfaits) à incarner des partitions variées et modulables et à, accessoirement, servir excellemment les dialogues toujours très bien écrits par le cinéaste grec.

De plus, il y a le plaisir de créer de la pure tension narrative. A ce titre, le film se révèle parfois d’une efficacité hitchcockienne dans son écriture pour mettre en place une série de détails qui configurent une tension lancinante, avançant à bas bruit. La deuxième histoire, selon moi la meilleure, est à ce titre assez magistrale. Narrant la paranoïa grandissante du personnage de Jesse Plemons, elle dispose une série de signes, de micro-événements que le spectateur a le loisir de lire de manière très diverse, ce qui démultiplie son activité herméneutique. L’œil du spectateur est aux aguets, car le film lui laisse une grande place en ne forçant jamais ses effets et en adoptant une mise en scène étonnamment sobre et calme après les expérimentations baroques et criardes de Pauvres Créatures. Ce retour à une forme désertée rappelle les premiers films grecs de Lánthimos - on pense particulièrement à Alps - qui faisaient preuve d’une maîtrise de leurs moyens assez remarquable.

Il est à ce titre dommage que la troisième histoire vienne quelque peu gâter notre enthousiasme. Dans cette dernière, le film force certains effets de «bizarrerie» en disposant des signes de dissonance de manière quelque peu volontariste et artificielle. Lánthimos tombe alors dans une sorte d’auto-parodie de son style, qui, à l’inverse de l’ouverture provoquée par les deux premières histoires, enferme ses personnages dans un univers prémâché et codé (sorte de Lánthimos-land). Ainsi, il nous semble que le cinéma du Grec n’est jamais autant puissant que lorsqu’il économise ses effets formels et s’en tient avant tout à des gestes d’écriture.

Tobias Sarrasin

Appréciations

Nom Notes
Tobias Sarrasin 14
Marvin Ancian 9
Pierig Leray 8