Maria

Affiche Maria
Réalisé par Jessica Palud
Pays de production France
Année 2024
Durée
Musique Benjamin Biolay
Genre Drame, Biopic
Distributeur Frenetic
Acteurs Yvan Attal, Matt Dillon, Anamaria Vartolomei
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 924

Critique

En 1972, à la sortie en salles du Dernier tango à Paris de Bernardo Bertolucci avec Marlon Brando, des milliers d’aspirantes actrices ont certainement jalousé Maria Schneider et auraient tout donné pour être à sa place. Celle d’une jeune comédienne débutante et quasiment sortie de nulle part, qui après une enfance difficile prenait une revanche sur la vie en étant choisie par un illustre réalisateur pour un film appelé à avoir une visibilité mondiale, et en partageant le haut de l’affiche avec la star planétaire la plus iconique et la plus prestigieuse.

Mais la réalité allait se révéler plus sombre, le conte de fées allait vite tourner court. Maria Schneider est un symbole de destin brisé. Une actrice qui, malgré une cinquantaine de rôles entre le grand et le petit écran, restera à tout jamais l’héroïne d’un seul film. Une œuvre célèbre, dérangeante et emblématique (à la qualité cependant surévaluée et qui vieillit très mal), mais qu’elle aura finalement tournée pour son malheur. Sortie humiliée et traumatisée de cette expérience, les dépressions, la drogue, les errances, les questions insistantes des journalistes et le manque d’imagination des réalisateurs l’empêcheront de revenir au premier plan, avant que la maladie ne l’emporte à l’âge de 58 ans. Rappelons au passage qu’elle a quand même joué dans un chef-d’œuvre, Profession: reporter d’Antonioni, dans lequel elle est remarquable. Adaptant l’ouvrage biographique écrit en 2018 par la cousine de l’actrice (Tu t’appelais Maria Schneider), Jessica Palud réalise un film qui n’en a pas l’impact. Car si Maria Schneider était réellement incarnée dans ces pages, elle ne l’est pas ici, et cela n’a rien à voir avec la performance d’Anamaria Vartolomei. Tout à la minutie de sa reconstitution, la réalisatrice montre, mais ne démontre pas; recrée, mais n’approfondit pas; elle filme les visages des personnages, mais oublie leurs cœurs. Lors du tournage de cette séquence «improvisée» qui détruisit l’actrice et qui est reconstitué, on n’arrive pas, par exemple, à voir autre chose que Matt Dillon en train de jouer Brando. Ce moment aurait d’ailleurs pu être ellipsé, car les images vraiment parlantes sont les plans de coupe sur les visages de tous les techniciens qui assistent, impuissants et effarés, à ce qui se déroule sous leurs yeux.

Ce sont les furtives scènes «de coulisses» qui sont les plus intéressantes. L’attitude ignoble de l’agent de Maria à son égard; les femmes croisées par hasard qui insultent la comédienne, comme si elle était la responsable du scandale; la rencontre d’une personne qui l’apprécie enfin pour ce qu’elle est et pas pour ce qu’elle représente; sa famille aimante qui ne sait plus quoi faire pour l’aider; tout cela est plus significatif que les longs et nombreux moments de libations, de boîtes de nuit ou de seringues qui permettent à Maria d’oublier que le monde entier est sourd à ses cris de détresse; de même que l’incompréhension de son père qui l’accuse de faire des caprices. Dans ces moments d’ailleurs, Yvan Attal est convaincant justement parce qu’il ne cherche pas à fabriquer une imitation de Daniel Gélin. C’est là que le spectateur peut prendre conscience de la violence vécue par Maria, dans un monde heureusement révolu, et à quel point les paillettes du 7e art, qui font rêver tant de gens, peuvent être cruelles. Dommage que la majorité du long métrage ne soit pas dans cette vérité, mais uniquement dans la reconstitution, pour ne pas dire la fabrication.

Dans le fond, aucune de ces cent minutes n’atteint l’émotion des quelques secondes du film Les Acteurs de Bertrand Blier (dans lequel tous les comédiens jouaient leur propre rôle), où l’actrice terminait son monologue en déclarant, voix douce et tête haute: «Je suis Maria Schneider, ça me fait du bien de jouer cette scène».


Philippe Thonney

Appréciations

Nom Notes
Philippe Thonney 11
Pierig Leray 8